Économie
Fonds norvégien veut réduire ses obligations du Trésor US de 80 Md$
La gestionnaire du fonds souverain norvégien, doté de 2,3 billions de dollars, recommande de ramener la part des obligations gouvernementales dans son indice de référence de 70 % à 50 %, ce qui pourrait entraîner une baisse de 80 milliards de dollars de ses titres du Trésor américain.

La direction de l’Administration du fonds souverain norvégien, dont les actifs s’élèvent à 2,3 billions de dollars, a proposé une réorganisation de son portefeuille obligataire. Ce changement pourrait conduire à une réduction d’environ 80 milliards de dollars de ses détentions d’obligations du Trésor américain, dans le but d’améliorer la rentabilité globale via un recentrage sur d’autres instruments de dette.
Dans une lettre adressée mardi au ministère norvégien des Finances, la direction de l’Administration de la banque centrale norvégienne pour l’investissement (NBIM) a recommandé de faire passer le poids des obligations gouvernementales dans l’indice de référence du portefeuille obligataire de 70 % à 50 %.
Selon les estimations du Financial Times, ces propositions réduiraient les allocations du fonds aux obligations gouvernementales mondiales d’environ 106 milliards de dollars, dont la majeure partie proviendrait des obligations du Trésor américain. Le fonds consacre actuellement un peu moins de 26 % de ses actifs totaux aux instruments de revenu fixe.
Les rendements des obligations gouvernementales à long terme des États-Unis et des autres pays du G7 ont grimpé à des niveaux inédits depuis 2007, soit avant la crise financière mondiale, suscitant des inquiétudes quant à la hausse des coûts d’emprunt pour les États déjà fortement endettés.
Ces propositions interviennent alors que les inquiétudes s’accumulent autour de l’explosion des niveaux de dette publique et d’une vague de ventes sur les marchés obligataires mondiaux cette année. La guerre entre les États-Unis et l’Iran a exacerbé les craintes d’inflation. Bien que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, soit intervenu à plusieurs reprises sur le marché des obligations du Trésor durant l’été, les rendements y demeurent élevés par rapport aux années précédentes.
Le fonds envisage de compenser la baisse de ses positions sur les obligations du Trésor américain par une augmentation des investissements dans des instruments de revenu fixe présentant un risque plus élevé, notamment les titres adossés à des créances hypothécaires (MBS).
Ces titres reposent principalement sur des garanties d’agences gouvernementales américaines, ce qui signifie que l’exposition du fonds norvégien au risque de défaut souverain des États-Unis ne diminuerait que marginalement. Toutefois, ils offrent des rendements légèrement supérieurs à ceux des obligations du Trésor, en raison du risque de remboursement anticipé des prêts immobiliers.
La lettre précise qu’un poids de 50 % pour les obligations gouvernementales serait suffisant pour couvrir les besoins de liquidité, y compris en période de turbulence financière, tandis que la part restante de l’indice obligataire devrait permettre une exposition accrue à des primes de risque supplémentaires.
Elle indique également que les titres adossés à des créances hypothécaires émis par des agences gouvernementales sont garantis par Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae, et que leur qualité de crédit est proche de celle des obligations du Trésor américain.
La lettre a été signée conjointement par Ida Wolden Bache, gouverneur de la Banque centrale norvégienne, et Nicolai Tangen, directeur général de l’Administration de la banque centrale norvégienne pour l’investissement, en réponse à des questions posées précédemment dans l’année par le ministère des Finances sur le rôle et la pondération du portefeuille obligataire au sein du fonds.
Conformément à la proposition, la part du fonds détenue en obligations du Trésor américain reculerait de 12,2 points de pourcentage, tandis que ses détentions d’instruments de revenu fixe américains non gouvernementaux augmenteraient de 11,4 points de pourcentage. Selon les calculs du Financial Times, cela se traduirait par une réduction d’environ 80 milliards de dollars des allocations aux obligations du Trésor.
En revanche, la part du fonds en obligations gouvernementales britanniques resterait inchangée, tandis que ses détentions d’obligations gouvernementales japonaises progresseraient de 2,8 points de pourcentage.
Un porte-parole de l’Administration de la banque centrale norvégienne pour l’investissement a précisé que l’exposition du fonds au dollar américain demeurerait « sans changement substantiel » dans le cadre de ces propositions, ajoutant que la part du dollar ne baisserait que de 0,5 point de pourcentage. L’allocation du fonds aux États-Unis reste inférieure au poids attribué à ce pays dans la plupart des indices mondiaux.
Ces propositions font suite aux déclarations du ministre norvégien des Finances, Jens Stoltenberg, en avril, selon lesquelles le fonds « ne prévoit pas de réduire son exposition aux États-Unis », malgré les suggestions formulées par certains députés norvégiens concernant un niveau élevé d’exposition aux actifs américains.
Le porte-parole a souligné que l’objectif principal du changement était de diversifier les sources de rendement. La lettre propose également que la Norvège suive l’exemple d’autres grands fonds souverains en définissant le poids des obligations gouvernementales selon la valeur marchande de la dette publique totale des États émetteurs, plutôt que selon leur produit intérieur brut.
Le fonds, dont les actifs dépassent les 2 billions de dollars, investit exclusivement à l’étranger. Ses ressources proviennent des recettes tirées de la vente des ressources pétrolières norvégiennes. Il sert à atténuer les fluctuations à court terme du budget national et à constituer une épargne destinée aux investissements futurs dans l’économie.
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