Daily Beirut

Monde

Après le troisième sommet, la Russie consolide sa présence dans le Sahel africain grâce à des partenariats stratégiques

Le troisième sommet Russie-Afrique a permis à Vladimir Poutine de renforcer les liens avec le Sahel via de nouveaux accords stratégiques, marquant une rupture avec l'influence occidentale traditionnelle.

··4 min de lecture
Après le troisième sommet, la Russie consolide sa présence dans le Sahel africain grâce à des partenariats stratégiques
Partager

Le troisième sommet Russie-Afrique, qui s'est tenu à Moscou les 28 et 29 octobre, a permis au président russe Vladimir Poutine de poursuivre ses efforts pour gagner la faveur du continent africain, en particulier de la région du Sahel, avec laquelle il a conclu de nouveaux accords ouvrant une nouvelle ère loin de l'Occident.

La présence de Moscou dans la région du Sahel confère une importance particulière à ce rapprochement pour Paris, ancienne puissance coloniale de ces pays, alors que le Mali, le Niger et le Togo ont signé des accords stratégiques avec la Russie.

Une affaire perdante
Tandis que les élites occidentales dénoncent ces accords, les qualifiant d'« affaire perdante », la réalité sur le terrain offre un récit différent de cette période de coopération, contrairement à l'époque précédente où les pays africains étaient contraints de quémander l'aide de puissances occidentales qui ne parlaient que de leurs conditions.

La Russie permet au Togo de consolider son statut de centre logistique stratégique pour la nouvelle dynamique régionale. Les deux pays ont entamé des discussions concernant un corridor de transport et d'énergie proposé pour acheminer les marchandises russes, y compris le gaz naturel liquéfié (GNL), vers les pays du Sahel via le port de Lomé. Cette annonce a été faite par l'ambassadeur de Russie au Togo, Igor Evdokimov, à l'agence « Initiative Africaine ».

Du 29 septembre au 1er octobre 2026, la première session de la commission intergouvernementale mixte entre le Togo et la Russie s'est tenue dans la ville de Lomé.

L'ordre du jour comprenait : le commerce, l'industrie, l'énergie, l'agriculture et les transports. Par-dessus tout, un projet incarnant l'ambition de Lomé, le « Corridor énergétique Lomé-Sahel », basé sur le GNL, a été développé en consultation avec les pays de l'Alliance des États du Sahel.

Cette vision est globale et claire, éloignée des divisions stériles entre les pays francophones et anglophones que l'Élysée a longtemps entretenues.

Portée symbolique
Au Niger, la situation revêt une portée symbolique plus grande. Le pays possède l'une des réserves d'uranium les plus riches au monde, pourtant son peuple vit dans l'obscurité totale.

Les consultations du ministre russe de l'Énergie, Sergueï Tsivilev, ont abouti à la signature d'un mémorandum d'entente entre Rosatom et le ministère nigérien des Mines et de l'Énergie concernant un programme nucléaire civil intégré.

Ce dépasse la simple extraction d'uranium, car Rosatom s'engage à construire des centrales électriques, à former des experts et même à développer des infrastructures de médecine nucléaire.

Le ministre Sergueï Tsivilev l'a exprimé franchement : « Notre objectif n'est pas seulement de participer à l'extraction d'uranium, mais nous devons créer un système intégré pour développer l'énergie nucléaire pacifique au Niger, afin que l'électricité soit accessible à chaque citoyen. »

Les contrats de coopération avec l'ancienne puissance coloniale ont permis au Niger d'exporter son uranium brut pour alimenter les centrales françaises, tandis que les familles nigériennes restaient plongées dans l'obscurité.

45,7 millions d'euros
Au Mali, la société nationale de transport et de logistique et le géant russe Kamaz ont signé un contrat d'une valeur supérieure à 45,7 millions d'euros.

Le contrat ne se limite pas à l'achat de véhicules ; il inclut également la création d'un atelier de maintenance à Bamako, la fourniture de pièces détachées, le transfert de technologie et la formation d'équipes maliennes à Kazan, en Russie.

Par ailleurs, l'ambition de créer une usine d'assemblage de véhicules Kamaz sur le sol malien est sur la table.

Pendant des décennies, l'Occident a vendu des véhicules aux armées du Sahel tout en protégeant farouchement les brevets et les usines. La Russie, quant à elle, se dit prête à partager son expertise selon une logique industrielle.

Phase préliminaire
Dans ce contexte, la Russie a annoncé, dans une phase préliminaire, la possibilité de réaliser des projets d'investissement de plusieurs milliards de dollars au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Cette déclaration a été faite par le vice-premier ministre russe, Alexandre Novak, mercredi dernier, en marge du Forum économique et humanitaire Russie-Afrique, précisant que seuls les projets apportant un avantage économique aux investisseurs et aux pays concernés seront examinés.

Ainsi, le montant mentionné concerne les investissements prévus, dont les modalités de financement sont encore en discussion. Les domaines cités incluent la prospection géologique, les technologies avancées et les plateformes numériques.

Pour la France, le rapprochement entre la Russie et de nombreux gouvernements de la région du Sahel constitue l'un des aspects les plus sensibles de cette stratégie. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les autorités militaires ont rompu leurs relations avec les partenaires occidentaux avec lesquels elles entretenaient des liens de longue date, se tournant vers le recours aux forces du Corps africain.

Ajoutez Daily Beirut à votre fil Google News pour recevoir l'info en priorité.
Partager