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Les clés des données gouvernementales aux mains de Washington : la souveraineté numérique française en péril
Un rapport parlementaire français alerte sur la dépendance quasi totale de l'administration aux technologies américaines, mettant en danger la souveraineté numérique du pays.

Un rapport parlementaire français a tiré la sonnette d'alarme concernant la dépendance quasi totale de l'administration française à la technologie américaine, soulignant que Washington détient légalement le droit d'accéder aux données de ses clients étrangers, y compris les gouvernements.
Selon le magazine "Le Canard Enchaîné", ce rapport a été rédigé par une commission d'enquête parlementaire mixte sur la souveraineté numérique française et publié par les députés Philippe Latombe, du groupe Démocrate, et Célia de Lavergne, du groupe Écologiste Socialiste.
Des ministères aux mains de Washington
La conclusion du rapport est sans appel : la plupart des ministères français dépendent presque entièrement de logiciels et de technologies américains. Il n'y a que trois exceptions : le ministère des Armées, le ministère de la Justice et la Gendarmerie (une force militaire régulière chargée du maintien de l'ordre).
Quant aux autres ministères, ils gèrent leurs dossiers, leurs données et leurs communications via les systèmes d'entreprises américaines.
Le rapport décrit cette dépendance avec les mêmes termes utilisés pour qualifier les grandes crises sécuritaires : "Ces dépendances sont devenues un outil de menace, tout comme les ressources énergétiques importées ou les droits de douane".
La loi américaine donne à Washington le droit de regard
Selon le magazine, le problème ne se limite pas à la dépendance technologique. Le cadre juridique américain fait de cette dépendance une menace stratégique directe, car les lois américaines permettent au gouvernement fédéral d'exiger de ses entreprises technologiques qu'elles livrent les données de leurs clients étrangers, qu'il s'agisse de gouvernements, d'entreprises ou de particuliers, notamment celles stockées dans les services cloud.
Les chiffres mentionnés dans le rapport sont choquants : Google a reçu 60 000 demandes des autorités américaines et a répondu à 89 % d'entre elles ; Microsoft agit selon des proportions similaires.
Cela signifie que les secrets des transactions commerciales, des opérations financières et des données personnelles transitant par ces plateformes restent à la portée de Washington quand elle le souhaite.
1,5 milliard d'euros par an versés aux États-Unis
L'aspect économique n'est pas moins grave. En 2024, les administrations publiques françaises ont dépensé plus de 1,5 milliard d'euros pour l'achat de logiciels américains, contribuant ainsi à creuser le déficit commercial français, comme le précise le magazine.
De plus, l'intelligence artificielle aggrave le dilemme : les entreprises américaines investissent des centaines de milliards de dollars par an dans ce secteur, tandis que les entreprises européennes peinent à suivre ce rythme de dépenses.
Le rapport estime que la domination dans l'intelligence artificielle consolidera la domination globale sur les données numériques à l'avenir.
Macron en parle depuis 2017
Depuis son élection en 2017, le président Emmanuel Macron répète dans presque tous ses discours la nécessité d'atteindre une "souveraineté numérique européenne".
Après des années, le rapport parlementaire révèle que la réalité va à l'opposé : la dépendance s'est accrue plutôt que réduite.
Selon le rapport, l'écart technologique entre l'Europe et les États-Unis est devenu "remarquablement large", alors que le rythme des investissements américains accélère et que la réponse européenne ralentit.
Néanmoins, le rapport parlementaire ne propose pas de solutions immédiates, mais il définit clairement le problème : tant que les gouvernements gèrent leurs données via des systèmes soumis aux lois américaines, la souveraineté nationale reste compromise, indépendamment des discours officiels.





