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Pendant des décennies, l'Iran a construit son influence régionale en soutenant des milices à l'extérieur de ses frontières. Aujourd'hui, des rapports signalent l'arrivée de combattants irakiens fidèles à Téhéran à l'intérieur de l'Iran, marquant un tournant stratégique dans la sécurité intérieure du pays.

Ce spectacle n'était pas familier au cours des quatre dernières décennies. Le régime qui a fondé une grande partie de son influence régionale sur la création et le soutien de milices armées hors de ses frontières se retrouve aujourd'hui confronté à des rapports évoquant l'entrée de combattants irakiens fidèles à Téhéran à l'intérieur de l'Iran.
Ce changement, s'il s'étend, reflète une transformation notable dans la gestion de la sécurité au sein de la République islamique.
Dans les dernières semaines, CNN a publié des informations, citant une source européenne et une autre sécuritaire irakienne, selon lesquelles des combattants irakiens sont entrés en Iran pendant la guerre et les tensions sécuritaires qui ont secoué le pays.
Elle a également rapporté qu'un dirigeant du « Hishd al-Shaabi » a reconnu la présence d'Irakiens à l'intérieur de l'Iran, précisant que leur transfert s'est fait « de manière individuelle et pour des raisons idéologiques », et non par décision officielle de l'organisation du Hishd.
Dans le même contexte, le site « Iran International » a publié plusieurs rapports appuyés par des vidéos montrant des éléments supposés être du Hishd al-Shaabi à Abadan, dans le sud-ouest de l'Iran, fournissant ainsi une preuve visuelle de la présence de ces forces à l'intérieur du pays, malgré l'absence de toute confirmation officielle.
Les rapports mentionnent l'arrivée de plusieurs centaines d'éléments de factions irakiennes alliées à Téhéran dans des provinces iraniennes, notamment Ahvaz et Abadan, avant que des témoignages de résidents locaux ne révèlent la propagation d'armes irakiennes dans certaines villes, l'établissement de postes de contrôle et leur présence près d'installations sécuritaires, ainsi que des accusations de violations commises contre des civils.
Les agents… en Iran
Pendant des années, les factions irakiennes alliées à l'Iran ont été associées à leur rôle dans la mise en œuvre de la stratégie du « Front de la résistance », tant en Irak qu'en Syrie ou dans d'autres zones d'influence iranienne.
Mais les derniers rapports posent une question différente : Téhéran commence-t-elle à tirer profit du réseau qu'elle a construit à l'extérieur de ses frontières pour renforcer sa sécurité intérieure ?
L'Institut américain d'études de la guerre estime que les factions irakiennes sont devenues une composante essentielle de l'architecture sécuritaire régionale que l'Iran a bâtie au cours des deux dernières décennies, et ne sont plus seulement des outils opérant à l'extérieur, mais une force pouvant être exploitée selon les besoins, y compris à l'intérieur du territoire iranien si les circonstances l'exigent.
Selon les observateurs, il ne s'agit pas d'une nécessité pour l'Iran d'avoir davantage de combattants – le Corps des gardiens de la révolution, le Bassidj et l'armée disposent déjà d'un nombre important de troupes – mais plutôt d'une exploitation de formations ayant acquis une longue expérience terrain, capables d'assumer des rôles d'appui dans des situations exceptionnelles.
Un débat juridique et sécuritaire
Ce dossier soulève également un débat juridique au sein des cercles iraniens opposés au régime. L'organisation humanitaire « Dadban » estime que la présence de tout groupe militaire étranger sur le sol iranien soulève des questions, à la lumière de l'article 146 de la Constitution iranienne, qui interdit toute présence militaire étrangère sur le territoire national, même à des fins non militaires.
Malgré l'absence de données officielles confirmant l'ampleur ou la nature de cette présence, la diffusion de ce sujet reflète la pression sécuritaire considérable que subit Téhéran, tant au niveau intérieur qu'en période d'escalade régionale.
Au-delà des chiffres
Des rapports des médias iraniens opposés indiquent que le nombre de combattants irakiens présents en Iran dépasse 800 membres du Hishd al-Shaabi.
Mais l'importance de cette affaire ne réside pas tant dans le nombre d'éléments que dans l'orientation qu'elle reflète.
Si l'Iran a passé des décennies à exporter son influence, à créer des milices et des factions à l'extérieur de ses frontières, les informations actuelles sur l'entrée de combattants issus de ces factions à l'intérieur de l'Iran indiquent un changement significatif dans la nature de la relation entre Téhéran et ses agents.
Peut-être la question la plus importante aujourd'hui n'est-elle pas le nombre de combattants ayant pénétré en Iran, mais plutôt de savoir si la République islamique commence pour la première fois à exploiter le réseau qu'elle a mis en place à l'extérieur de ses frontières afin de renforcer sa sécurité intérieure, après avoir longtemps utilisé ce réseau pour étendre son influence à l'extérieur.
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