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L'attaque contre une colonne militaire du Corps africain près de Niono révèle un changement stratégique majeur au Sahel, marquant le passage d'une guerre de position à une guerre d'usure ciblant les lignes logistiques.

L'attaque contre une colonne militaire du Corps africain près de la région de Niono, au centre du Mali, révèle un nouveau tournant dans la nature des affrontements au Sahel. La confrontation s'est déplacée vers le ciblage des routes de circulation et d'approvisionnement dans une zone considérée comme un carrefour stratégique entre le nord et le sud du Mali, ce qui lui confère une grande sensibilité sécuritaire pour les forces maliennes et leurs partenaires.
Les experts estiment que le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et d'autres groupes ont de plus en plus recours à une stratégie d'usure via des frappes sur les colonnes mobiles, tandis que l'armée malienne et le Corps africain s'appuient sur des opérations aériennes et de reconnaissance.
Ces développements placent le Mali face à un nouveau test et redéfinissent l'équation du conflit dans la région du Sahel.
« Plus complexe »
Dans ce contexte, Idriss Ayat, expert en études stratégiques et sécuritaires africaines, a déclaré que le paysage sécuritaire est entré dans une phase plus complexe par rapport aux années précédentes, depuis l'arrivée au pouvoir du président Assimi Goïta, estimant que cette complexité diffère de l'image souvent présentée par certains médias et la presse.
Ayat a ajouté à « Erm News » que la complexité ne réside pas tant dans l'augmentation du nombre d'attaques que dans la nature de la relation entre attaque et défense. Il a souligné qu'en regardant la carte, les régions de Niono et Douéra se situent au centre du Mali, dans une zone représentant un lien entre le nord et le sud du pays ; ainsi, leur contrôle signifie la maîtrise des routes de circulation et d'approvisionnement, influençant le déploiement des forces maliennes et du Corps africain.
Il a précisé que la situation actuelle suit deux trajectoires simultanées : d'une part, l'armée malienne annonce des frappes précises dans le cadre de l'opération « Dogokolo », basée sur la reconnaissance et les renseignements ; d'autre part, le GSIM est passé de l'attaque de positions fixes, comme il le faisait auparavant, au ciblage des colonnes mobiles, comme cela s'est produit près de Niono.
Ayat a indiqué que ce phénomène est connu sous le nom d'« usure de la capacité de contrôle ». L'État possède les capacités et les avions et exécute des frappes, mais il fait face à une organisation jihadiste qui n'a pas besoin de contrôler une ville pour imposer un coût sécuritaire, se contentant de perturber la circulation et de cibler les routes d'approvisionnement et les colonnes afin de paralyser la vie quotidienne.
Il a expliqué que l'entrée du Corps africain dans l'équation ajoute une autre couche au conflit complexe. Selon lui, le fait de le cibler ne signifie pas que les groupes armés sont capables de le vaincre militairement, mais prouve que le partenariat russe n'a pas sorti Moscou de la nature de la guerre asymétrique au Sahel, où ses troupes sont devenues des cibles directes, tout comme les forces françaises auparavant.
Ayat a souligné que le véritable changement au Mali ne réside pas seulement dans le déplacement des combats vers de nouvelles zones, mais dans leur transition d'une bataille pour le contrôle de positions fixes à une bataille axée sur la mobilité et l'usure. Si le GSIM ou Al-Qaïda réussissent à rendre les colonnes, les routes d'approvisionnement et les forces étrangères vulnérables à l'usure, cela modifiera la nature de la confrontation.
Ayat a ajouté que la nature de la situation au Sahel rendra difficile pour le Corps africain et les forces maliennes de maintenir leur effort de guerre, car la stratégie d'usure actuelle vise précisément à épuiser ces capacités sur le long terme.



