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La prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb par les milices houthi renforce leur influence sur le transport maritime mondial et aggrave les tensions dans la région, qui s'étend désormais vers l'Afrique de l'Est. Des milliers de personnes ont été contraintes de fuir vers Djibouti, tandis que les conséquences économiques pour l'Afrique risquent de s'aggraver.

Le contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb accorde aux milices houthi une influence considérable sur le transport maritime mondial, ainsi qu'un impact sur les économies régionales déjà affectées par la fermeture du détroit d’Ormuz, tandis que les tensions et conflits dans la région annoncent désormais une extension vers l’Afrique de l’Est.
Pendant plusieurs années, les Houthis yéménites, soutenus par l’Iran, ont établi un réseau d’alliés, de recrues et de centres logistiques dans plusieurs pays africains bordant la mer Rouge. Ce positionnement a facilité leur prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb le vendredi 11 septembre.
Le détroit de Bab-el-Mandeb sépare l’Asie de l’Afrique, constitue un axe vital pour le commerce mondial, le quatrième plus grand corridor d’énergie, et une destination privilégiée pour les navires depuis la fermeture du détroit d’Ormuz.
Les Houthis sont désormais à seulement 20 kilomètres du littoral africain. La prise de la ville de al-Mukha et de l’île de Mion permet à la milice d’étendre davantage son contrôle sur le littoral yéménite, ce qui aura des répercussions sur le littoral africain, où la rive ouest du détroit de Bab-el-Mandeb appartient à Djibouti et à l’Érythrée.
Cet affrontement militaire a provoqué le déplacement de plus de deux mille personnes du Yémen vers la ville d’Obok à Djibouti, et l’ONU a mis en garde contre une augmentation probable de ces déplacements avec l’intensification des combats. Le ministre des Finances djiboutien, Elias Doualeh, a déclaré que la situation « s’aggravait » pour son pays.
Pour les autres pays bordant la mer Rouge, et plus largement pour les pays africains, les conséquences de ces événements seront initialement économiques.
Le détroit de Bab-el-Mandeb est situé entre le Yémen, Djibouti et l’Érythrée, dans la Corne de l’Afrique. Il relie le golfe d’Aden à la mer Rouge, puis à la canal de Suez en Égypte.
Selon le site Business Insider Afrique, ce passage maritime transporte environ 12 % du commerce mondial, jusqu’à 7 millions de barils de pétrole par jour, soit 11 % du pétrole transporté par voie maritime à l’échelle mondiale, ainsi que 8 % du gaz naturel liquéfié.
Les perturbations peuvent affecter les chaînes d’approvisionnement mondiales, entraînant une hausse des coûts de transport, d’assurance et de carburant. Tous ces facteurs menacent d’accroître les charges pesant sur les pays africains déjà affaiblis par les guerres en Ukraine et en Iran.
À l’échelle du continent, les économies de l’Est africaine, étroitement liées au commerce dans la mer Rouge et dans l’océan Indien occidental, seront probablement les plus touchées par la maîtrise des Houthis sur le détroit, surtout si le corridor maritime connaît un ralentissement, voire une fermeture comme celle du détroit d’Ormuz.
Par exemple, le port de Mombasa au Kenya pourrait connaître une baisse notable de son activité si les compagnies de transport modifient leurs itinéraires et privilégient le cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud pour éviter la mer Rouge.
D’autres ports susceptibles d’être directement touchés incluent ceux de Djibouti, qui constitue un principal débouché maritime pour l’Éthiopie voisine, un pays sans accès à la mer.
Cela signifie que la maîtrise des Houthis sur le détroit pourrait avoir des répercussions sur des pays africains n’ayant pas de frontière directe avec la mer Rouge.
Même si les itinéraires sont redirigés via Cape Town, ajoutant vingt jours aux trajets maritimes, ce scénario implique des coûts supplémentaires qui seront inévitablement transférés à la valeur des marchandises et des denrées alimentaires, et finalement aux consommateurs africains.
Des rapports africains indiquent que l’avancée des Houthis représente un défi majeur pour Djibouti, qui abrite des bases militaires américaines, chinoises, japonaises et françaises. Cette nation située en Corne de l’Afrique est également une plaque tournante principale pour les routes migratoires issues de la région du Sahara subsaharien.
De nombreuses forces maritimes, commerciales et militaires utilisent Djibouti comme escale logistique, notamment celles des États-Unis et de la Chine.
Si cette crise s’aggrave, Djibouti devra concilier son rôle stratégique dans la sécurité régionale avec les pressions liées à l’immigration et aux aides humanitaires, qui risquent de s’intensifier.
À l’inverse, le contrôle des Houthis sur le détroit de Bab-el-Mandeb pourrait conférer à l’Érythrée, située de l’autre côté du détroit, un rôle géopolitique central.
L’Érythrée, dirigée par le président Isayas Afewerki, a exploité sa position stratégique sur la mer Rouge pour sortir de son isolement international.
Il est également préoccupant de constater l’essor des relations entre les Houthis et d’autres groupes armés actifs en Afrique de l’Est. Une publication de la revue Yemen Online à la fin août a révélé que la milice avait élargi ses réseaux de trafic au-delà des frontières du Yémen, incluant la Corne de l’Afrique.
Ces réseaux servent de passages pour les armes, les composants d’aéronefs non pilotés, les pièces de missiles balistiques et les technologies maritimes, renforçant ainsi l’influence de la milice dans la région. Un rapport de l’ONU publié en 2025 souligne même une collaboration croissante entre les Houthis et le mouvement Al-Shabaab somalien.



