Daily Beirut

Monde

La France enregistre son taux de pauvreté le plus élevé depuis 30 ans avec 9,8 millions de personnes

La France atteint un record historique de pauvreté avec 9,8 millions de citoyens sous le seuil de pauvreté, soit 15,4 % de la population, selon les données officielles de 2024.

··4 min de lecture
La France enregistre son taux de pauvreté le plus élevé depuis 30 ans avec 9,8 millions de personnes
Partager

De nouvelles statistiques sur la pauvreté ont ébranlé l'image de la France, considérée comme un « État-providence », après que le nombre de Français vivant sous le seuil de pauvreté a atteint un niveau record jamais vu dans le pays depuis trois décennies.

Un chiffre choquant

9 millions et 800 mille Français vivent sous le seuil de pauvreté, soit 15,4 % de la population du pays. Il s'agit du chiffre officiel pour 2024, la dernière année pour laquelle des données sont disponibles, et c'est le niveau le plus élevé depuis que l'Institut national de la statistique mesure la pauvreté selon des critères comparables en 1996.

Ce chiffre dépasse le pic de 2011 après la crise financière et le pic de 2018, qui avait précédé l'explosion du mouvement des Gilets jaunes, selon une analyse publiée par le journal français « Le Monde ».

Ces chiffres ont poussé les grands syndicats, la CGT, la CFDT et Force ouvrière, à appeler à une grève, tandis que le mouvement social, initié par les lycéens, se nourrit d'un sentiment commun de recul et d'appauvrissement.

Le seuil de pauvreté ?

Le seuil de pauvreté correspond à 60 % du revenu médian, c'est-à-dire le revenu qui divise la population en deux moitiés égales. Cela représente moins de 1 337 euros par mois pour une personne vivant seule, et moins de 2 807 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans.

« Le Monde » a souligné que le chiffre enregistré est inférieur à la réalité, car le recensement n'inclut pas les habitants des territoires d'outre-mer, ni les résidents des maisons de retraite, ni les sans-abri.

Les familles monoparentales, dont une sur trois vit sous le seuil de pauvreté, sont les plus touchées, suivies des personnes vivant seules et ayant moins de 65 ans. En général, les jeunes sont plus exposés que les seniors ; l'Institut confirme ainsi que 11 % des jeunes âgés de 16 à 25 ans ont vécu dans une pauvreté continue entre 2021 et 2024.

Une étude de l'institut Ipsos et de l'association Linkee, publiée en avril dernier, révèle qu'environ 70 % des étudiants ne disposent que de 100 euros ou moins par mois après avoir payé leur loyer.

Le système de solidarité perd de sa force

Le système français de redistribution, via les impôts et les allocations de solidarité, joue toujours un rôle majeur. Grâce à lui, 4 millions de personnes restent au-dessus du seuil de pauvreté, notamment les familles monoparentales, les grandes familles et les chômeurs.

Mais ce système s'affaiblit : en 2013, il réduisait le taux de pauvreté de 7,7 points, mais dix ans plus tard, il ne le réduit plus que de 6,3 points, selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) du ministère de la Santé. L'Observatoire français attribue cela aux conditions économiques, qui ont entraîné une baisse des aides au logement et une augmentation insuffisante des allocations familiales.

Le travail protège contre la pauvreté, mais à des degrés très variables : moins d'un salarié sur 15 vit sous le seuil de pauvreté, mais un indépendant sur cinq y est exposé, et les indépendants représentent environ un tiers des travailleurs pauvres.

Plus inquiétant encore, le taux de pauvreté a augmenté de 2,6 points entre 2014 et 2024, malgré une hausse du taux d'emploi de 5,3 points chez les personnes âgées de 15 à 74 ans.

L'Observatoire note qu'en Europe, l'amélioration du marché du travail s'accompagne généralement d'une baisse de la pauvreté. Il explique cette dissociation en France par la multiplication des emplois précaires, surtout dans les micro-entreprises, et par l'augmentation du nombre de stagiaires dont les rémunérations sont inférieures au seuil de pauvreté.

Selon une étude récente de l'Institut, parmi six pauvres en 2021, un seul est sorti définitivement de la pauvreté à partir de 2022 sans y retourner en 2023 et 2024.

71 % de ceux qui étaient pauvres en 2023 le sont restés en 2024. Ce niveau de stagnation n'avait jamais été atteint auparavant, et les catégories les plus exposées à la pauvreté y restent désormais plus longtemps.

Privations concrètes

La pauvreté se manifeste par des privations concrètes : une personne sur cinq, soit plus de 20 %, a connu entre 2022 et 2025 une incapacité à couvrir au moins 5 des 13 éléments que l'Union européenne juge nécessaires pour un niveau de vie acceptable, tels qu'un chauffage suffisant, faire face à des dépenses imprévues, accéder à Internet et manger une protéine tous les deux jours.

Le taux de privation est resté autour de 12 % entre 2013 et 2020, puis a brusquement baissé pendant la pandémie grâce à des mesures exceptionnelles de soutien aux ménages modestes, avant de remonter à « un niveau élevé stable autour de 13 % », selon Benjamin Gilbret, chargé des études sur les inégalités et la pauvreté à l'Institut. C'est le niveau le plus haut jamais enregistré.

La privation ne se limite pas à des moments passagers : le centre de recherche sur les conditions de vie a constaté que deux tiers des répondants à son enquête affirment se priver d'achats quotidiens pour privilégier des dépenses exceptionnelles qui leur apportent du bonheur.

Selon le journal, aucune éclaircie n'est en vue concernant la situation actuelle, d'autant plus que les prix ont augmenté de 3,4 % en octobre dernier par rapport à l'année précédente, en raison d'une flambée des prix de l'énergie.

Ajoutez Daily Beirut à votre fil Google News pour recevoir l'info en priorité.
Partager