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À Téhéran, des Iraniens comme Mehzad Azari, 21 ans, doivent sacrifier des besoins essentiels — nourriture, transport, soins optiques ou cours d’anglais — face à une inflation annuelle passée de 46 % à 66 % depuis février, tandis que le rial perd 14 % face au dollar.

Mehzad Azari, 21 ans, employée dans un magasin du grand bazar de Téhéran, doit chaque jour trancher entre deux nécessités : manger ou se déplacer, remplacer ses verres correcteurs ou suivre des cours d’anglais. Son quotidien illustre les compromis contraints auxquels sont confrontés des milliers d’Iraniens depuis plus de cinq mois de conflit armé avec les États-Unis et Israël.
L’économie iranienne, déjà affaiblie par des décennies de sanctions internationales, subit une pression accrue. Un cessez-le-feu éphémère en avril et une note d’entente signée en juin n’ont pas empêché la reprise des hostilités en juillet.
« Je dois me priver de quelque chose pour pouvoir assumer le coût d’autre chose », explique-t-elle à l’Agence France-Presse. « Si j’utilise un jour l’application Snapp — une plateforme de réservation de taxis similaire à Uber — je ne pourrai pas acheter mon déjeuner ce jour-là. Et si je change mes lentilles, je ne pourrai plus payer mes cours d’anglais. »
Fahimeh, 29 ans, travaille à temps plein dans deux emplois différents. Elle partage cette réalité sans concession. Pour des raisons de sécurité, elle a demandé à ne pas divulguer son nom de famille. « Avant, j’aimais aller au cinéma, dîner au restaurant ou commander des plats italiens préparés. Aujourd’hui, tout est devenu une question de survie. »
Le conflit a débuté le 28 février. Le taux d’inflation annuel a grimpé de 46 % en février à 66 % le 22 juillet. Parallèlement, le rial s’est déprécié : le dollar s’échangeait à 1,65 million de rials avant le déclenchement des hostilités, contre 1,88 million le mercredi 22 juillet.
L’Iran souffre depuis des années d’une inflation chronique et d’un effondrement continu de la valeur de sa monnaie, conséquences directes des sanctions imposées à la République islamique, notamment en lien avec son programme nucléaire. Cette érosion de la capacité d’achat s’est accentuée ces derniers mois, alimentant des manifestations massives en décembre dernier.
Les avancées diplomatiques du printemps ont brièvement ranimé l’espoir d’un répit économique, vite dissipé par la reprise des combats. « À chaque annonce de cessez-le-feu, le marché connaît une légère embellie, puis la guerre reprend ou une région est bombardée, et tout recommence », observe Azari depuis le bazar de Téhéran.
Dans un message publié en mai, le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, a appelé les entreprises à éviter les licenciements et les législateurs à adopter des mesures renforçant l’« économie de résistance », destinée à soulager les familles. Ce concept, initialement formulé en 2010 par son père, Ali Khamenei — tué le premier jour du conflit — vise à réduire la dépendance vis-à-vis de l’extérieur.
Bahnam Samadi, économiste basé à Téhéran, reconnaît que l’économie iranienne « s’est adaptée à de multiples crises et a développé une certaine résilience ». Mais il insiste sur le prix de ce maintien : « Le pouvoir d’achat des citoyens recule, les charges pesant sur les entreprises augmentent, et l’État accroît ses dépenses publiques pour assurer la continuité du fonctionnement du pays. »
« La question centrale est la suivante : combien de temps encore cette résilience pourra-t-elle durer ? », ajoute-t-il. Certaines institutions proposent désormais des échelonnements de paiement pour les achats ou les frais médicaux, mais Samadi y voit uniquement un « gain de temps », estimant que « le niveau de vie de la population se détériore de façon marquée ».
Davoud, 23 ans, vendeur de fruits et légumes, ne peut plus envisager un simple voyage hors de la capitale. « Nous allions parfois avec des amis dans le nord de l’Iran. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus vraiment nous rendre nulle part. »
Ehsan, commerçant de quartier à Téhéran, constate que les paniers des clients se vident progressivement. « Les repas des gens deviennent de plus en plus légers », précise-t-il, même lorsqu’il s’agit de produits alimentaires de base.
Dans ce contexte, les dépenses importantes sont systématiquement reportées. Amir Reza, 23 ans, résume ainsi la situation : « Tous les rêves que nous avions — acheter une maison, une voiture — s’éloignent un peu plus chaque jour. »
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