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Face aux tensions au Moyen-Orient, Pékin accélère ses projets gaziers avec le Turkménistan pour réduire sa dépendance aux voies maritimes.

La dépendance aux voies maritimes, notamment le détroit d’Ormuz, pousse la Chine à renforcer ses approvisionnements énergétiques terrestres via l’Asie centrale. Un rapport du « Jamestown Foundation » détaille comment Pékin intensifie sa coopération avec le Turkménistan dans le gaz naturel, dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient et de risques accrus pour les corridors maritimes.
La visite à Achgabat, en avril 2026, de Ding Xuexiang, membre du Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois, a débouché sur une série d’accords exécutifs. Ceux-ci incluent le développement de la quatrième phase du champ gazier de Galkynysh, une priorité nationale pour Pékin.
Ces avancées s’appuient sur des mouvements diplomatiques antérieurs. Un entretien entre le président chinois Xi Jinping et son homologue turkmène Gurbanguly Berdimuhamedow, à la résidence d’État de Diaoyutai, avait déjà posé les bases d’un partenariat incluant le gaz naturel et une coordination sécuritaire élargie. Le rapport souligne que la fiabilité politique du Turkménistan est désormais directement liée à l’agenda de sécurité énergétique chinois.
Lors de cette visite, Ding Xuexiang a participé au lancement du projet aux côtés du président turkmène. Il a qualifié la coopération gazière de « pierre angulaire » des relations bilatérales. Les médias officiels évoquent une intention de porter les exportations turkmènes de gaz vers la Chine d’environ 40 milliards de mètres cubes par an à 65 milliards à l’avenir.
Le 16 avril, les deux parties ont signé trois documents clés : un accord sur les principes fondamentaux de la coopération dans le domaine du gaz naturel, un plan de coopération gouvernemental pour la période 2026-2030, ainsi que des accords dans les transports, la logistique, l’intelligence artificielle, les sciences et l’éducation.
Par ailleurs, la China Petroleum Engineering and Construction Corporation a signé un contrat de 4,6 milliards de dollars pour développer la quatrième phase du champ de Galkynysh. Ce contrat est présenté comme le plus important jamais conclu par la société mère, filiale de la China National Petroleum Corporation, dans la région.
La stratégie chinoise mise de plus en plus sur une « couverture continentale », en s’appuyant sur des fournisseurs d’énergie terrestres comme le Turkménistan et la Russie. L’objectif est de réduire l’exposition aux détroits sensibles, en premier lieu celui d’Ormuz, où les approvisionnements pourraient être perturbés par des conflits géopolitiques, des sanctions ou des troubles maritimes.
Le Turkménistan joue un rôle central, non seulement dans les projets de liaison transcaspienne, mais aussi comme nœud clé du réseau de gazoducs entre la Chine et l’Asie centrale. Cela soutient les corridors logistiques terrestres est-ouest et réduit la dépendance aux voies septentrionales liées à la Russie.
La Chine considère l’Asie centrale comme un « stabilisateur stratégique » pour sa sécurité énergétique dans un monde marqué par des conflits régionaux et une compétition géopolitique croissante. Selon des experts chinois cités dans le rapport, la région fournit l’énergie et les minéraux essentiels à la sécurité énergétique et industrielle de la Chine, tout en servant de plateforme pour l’expansion de ses entreprises, technologies et chaînes d’approvisionnement.
Sur le plan géopolitique, Pékin construit une architecture eurasienne qu’elle dirige de plus en plus en dehors des cadres occidentaux. Cela passe par l’intégration de l’initiative « Ceinture et Route » avec des arrangements régionaux incluant l’Union économique eurasienne. Le rôle de l’Organisation de coopération de Shanghai s’efface au profit de formats bilatéraux et multilatéraux pilotés directement par la Chine.
L’Asie centrale est ainsi devenue un théâtre de coordination sino-russe croissante, mais avec un rôle prépondérant de Pékin dans la définition de l’agenda régional. La position de Moscou décline, minée par la guerre, les sanctions et une perte d’influence au sein du camp autoritaire. La stratégie chinoise vise à créer des « corridors stratégiques » incluant l’énergie, les minéraux, les infrastructures et les relations sécuritaires, afin de réduire la dépendance aux voies maritimes et aux systèmes dirigés par les États-Unis.