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Le Parti républicain du peuple (CHP) turc subit une défaite majeure à Izmir, son fief laïc, en raison d’une crise interne menaçant de scinder le parti.

Le Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition turc, a essuyé un revers politique et symbolique important en perdant le contrôle de la municipalité d’Izmir, son bastion laïc, à la suite d’une crise interne qui menace de diviser le parti en deux entités distinctes.
Cette crise s’est matérialisée par la démission de Jamil Tougai, maire d’Izmir, qui a quitté le CHP, parti aux racines laïques, pour protester contre les décisions du chef du parti nommé par la justice, Kemal Kiliçdaroglu, et a décidé de mener une action politique indépendante.
Izmir, dirigée par le CHP depuis 23 ans, échappe désormais à l’autorité du parti qui représente l’ouest de la Turquie, avec Izmir comme capitale de la laïcité dans un pays gouverné depuis 2002 par le Parti de la justice et du développement (AKP), aux racines religieuses.
Le député de Tougai ainsi que plusieurs membres du conseil municipal ont rejoint la décision de démissionner du CHP, officialisant ainsi l’indépendance de la municipalité d’Izmir vis-à-vis des deux factions du parti, dirigées respectivement par Kiliçdaroglu et par Özgür Özel, chef élu mais suspendu judiciairement depuis le mois dernier.
Un membre du CHP a indiqué que la décision de la mairie d’Izmir a eu de lourdes répercussions au sein du parti. Elle pousse le camp d’Özel à accélérer la création d’un nouveau parti politique ou à rejoindre une formation existante, dépourvue de base populaire, qui servirait de refuge aux partisans d’Özel ou aux opposants à la direction de Kiliçdaroglu.
Selon cette source, Özel continue d’épuiser toutes les voies politiques et juridiques pour retrouver la présidence du parti, notamment en appelant Kiliçdaroglu à convoquer un congrès extraordinaire afin d’élire une nouvelle direction. Faute de quoi, il optera pour une scission et la création d’un nouveau parti bénéficiant du soutien d’une large partie de ses partisans.
Les récentes décisions de Kiliçdaroglu, telles que le limogeage de membres du parti et la convocation de députés devant des commissions disciplinaires, accélèrent la division officielle du CHP en deux partis distincts, selon la même source.
Le maire d’Izmir a justifié sa démission en dénonçant les mesures prises par Kiliçdaroglu, notamment le renvoi du président de la section locale du parti à Izmir, Çağatay Güç, ainsi que l’ouverture de procédures disciplinaires visant son exclusion définitive, remplacé par un proche de Kiliçdaroglu.
Özgür Özel, suspendu judiciairement, bénéficie du soutien de la majorité des députés du CHP au Parlement, des présidents des sections provinciales dans les 81 provinces ainsi que des maires affiliés au parti, dont Mansour Yavaş, maire d’Ankara, et le maire d’Istanbul actuellement incarcéré pour des accusations de corruption complexes, bien qu’ils restent officiellement membres du CHP.
Depuis Denizli, dans l’ouest de la Turquie, où il effectuait une tournée auprès des sympathisants, Özel a affirmé qu’il ne quitterait pas le CHP avant d’avoir épuisé toutes les tentatives pour faire annuler la décision judiciaire qui l’a écarté, sous prétexte de fraude électorale lors de la présidentielle de 2023.
Il a ajouté qu’il prendra une décision concertée avec ses partisans lorsque toutes les options seront épuisées, afin d’éviter d’abandonner un parti fondé il y a près d’un siècle par Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque.
Le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré qu’il ne permettrait pas d’instabilités dans les rues au milieu de cette crise au sein du CHP.
Les partis politiques turcs rivalisent pour la présidence et les conseils municipaux, car ces institutions offrent des services essentiels aux habitants dans les quartiers, les lieux de travail et d’éducation, leur permettant de maintenir un contact direct avec la population et de gagner sa confiance en vue des élections générales.
Depuis 2019, le CHP est devenu un concurrent sérieux de l’AKP, notamment en remportant les municipalités d’Ankara et d’Istanbul, ainsi que celle d’Izmir, avant de dominer largement les élections locales de 2024 en s’imposant dans la plupart des grandes et petites municipalités.
Le camp d’Özel envisage de représenter la principale force d’opposition en créant un nouveau parti ou en rejoignant une formation existante, ce qui affaiblirait considérablement le CHP dirigé par Kiliçdaroglu et le priverait de sa position de principal challenger au pouvoir depuis les élections de 2024, où il avait gagné en popularité.
Özel accuse le parti au pouvoir, l’AKP, et son chef Erdoğan d’être à l’origine de la crise au sein du CHP, ainsi que de l’arrestation de maires d’opposition, via une politisation de la justice visant à éliminer le parti et son candidat à la présidence, Ekrem İmamoğlu, vainqueur des élections municipales d’Istanbul en 2019 et 2024.
Le parti au pouvoir dément ces accusations, affirmant que la justice est indépendante et que les tribunaux traitent des affaires impliquant des membres du CHP, tant plaignants que défendeurs.
Erdoğan a remporté la présidentielle de 2023 face à Kiliçdaroglu, mais a dû passer par un second tour et s’appuyer sur des alliances avec des partis nationalistes et islamistes pour assurer sa victoire. Des discussions circulent actuellement sur une éventuelle élection présidentielle anticipée avant la date prévue en 2028.



