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Le slogan « cafards » enflamme les réseaux sociaux en Inde face au chômage des jeunes

Une expression du président de la Cour suprême indienne comparant les jeunes chômeurs à des « cafards » déclenche une vaste mobilisation numérique contre le chômage et la corruption.

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Le slogan « cafards » enflamme les réseaux sociaux en Inde face au chômage des jeunes
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Une phrase prononcée par le président de la Cour suprême en Inde, assimilant les jeunes sans emploi à des « cafards », a déclenché une vague d’indignation et donné naissance à l’une des campagnes numériques les plus controversées du pays. Ce terme insultant est devenu un symbole de contestation contre le chômage, la corruption et le manque de perspectives pour toute une génération de jeunes Indiens.

En quelques jours, le groupe baptisé « Parti Janata Cafard » a rassemblé plus de 15 millions d’abonnés sur Instagram, surpassant ainsi la présence numérique du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party. Ce phénomène révèle la frustration grandissante d’une jeunesse qui estime avoir été abandonnée par le système économique et politique malgré des années de promesses de croissance et de prospérité.

Le mouvement se présente comme « la voix des paresseux et des chômeurs », une ironie délibérée face au discours officiel qui accuse les jeunes d’échec et de dépendance. Ses membres affirment représenter une génération qui a étudié, travaillé dur et respecté les règles, mais qui se heurte à un marché du travail incapable d’offrir des emplois, à un système éducatif entaché de corruption et à des fuites d’examens.

Alors que le gouvernement continue de mettre en avant un taux de croissance économique oscillant entre 6,3 % et 6,8 % pour les années 2025 et 2026, présenté comme la réussite des politiques du Premier ministre Narendra Modi, les données sur l’emploi dessinent un tableau bien plus sombre pour les jeunes.

Selon le Centre d’observation de l’économie indienne, le taux de chômage des 20-24 ans a oscillé entre 44 % et 45 % durant la majeure partie de 2025, un niveau nettement supérieur à celui enregistré avant l’arrivée au pouvoir actuelle en 2014. L’enquête périodique sur la main-d’œuvre, indicateur officiel plus prudent, indique un taux de chômage de 9,9 % chez les 15-29 ans, soit plus de trois fois la moyenne nationale, avec un pic à environ 14,7 % dans les zones urbaines.

Le système éducatif, longtemps perçu comme un levier d’ascension sociale, est désormais un fardeau pour des millions de familles. Le chômage atteint 6,5 % parmi les titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires, démontrant que les longues années d’études ne garantissent plus un emploi.

La situation est encore plus critique pour les jeunes femmes, avec un taux de chômage de 41 % dans l’État de Goa et 44 % dans le Kerala, et proche de 40 % chez les diplômées universitaires dans la région de Jammu-et-Cachemire.

Par ailleurs, un rapport du Centre de responsabilité financière révèle que le 1 % le plus riche détient désormais plus de 40 % des richesses nationales, tandis que près de la moitié de la population ne dispose que de 15 % du revenu national. Entre 2019 et 2025, la fortune des plus riches a augmenté de 227 %, alors que la dette des ménages indiens a presque doublé.

Les critiques attribuent ces inégalités à des politiques économiques favorisant la croissance du secteur des services et la consommation, sans création d’emplois suffisante, à un système fiscal avantageant les riches et à un échec chronique dans l’investissement en éducation et en emploi.

Le mécontentement populaire s’est accentué après plusieurs scandales liés aux examens nationaux, notamment celui de l’examen médical « NEET » en 2024, où les sujets ont été divulgués avant l’épreuve à environ 2,4 millions de candidats. Les enquêtes ont révélé des réseaux de corruption vendant les copies contre des millions de roupies, avec des arrestations dans l’État du Bihar pour extorsion d’argent aux étudiants.

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Un autre incident a provoqué une onde de choc lorsque qu’un étudiant s’est suicidé après que sa famille ait dû vendre des terres et s’endetter pour financer des cours privés, avant l’annulation de l’examen à cause d’une nouvelle fuite des sujets.

Les détracteurs estiment que ces scandales illustrent une crise profonde au sein des institutions éducatives et administratives, remettant en cause la responsabilité de l’État dans la protection de l’intégrité du système scolaire plutôt que de blâmer les jeunes pour leurs échecs.

Abhijeet Deepki, fondateur du mouvement protestataire âgé de 30 ans et résidant actuellement à Boston après avoir quitté l’Inde il y a deux ans, déclare que les jeunes sont quasiment absents du discours politique dominant. « Personne ne parle d’eux, ne les écoute ni ne reconnaît leur existence », affirme-t-il.

Ce constat illustre, selon certains observateurs, l’ampleur de la fuite des cerveaux en Inde, où la jeunesse instruite perçoit son avenir professionnel et économique davantage à l’étranger qu’à l’intérieur du pays.

Le mouvement met également en lumière la situation de la liberté de la presse en Inde, classée 157e sur 180 pays dans l’indice mondial de la liberté de la presse 2026 de Reporters sans frontières. Le rapport souligne une montée de la violence contre les journalistes, une domination accrue d’acteurs influents sur les médias et un biais politique croissant dans les institutions médiatiques.

Les activistes estiment que le silence des médias traditionnels sur le chômage, les fuites d’examens et la dégradation des conditions de vie a favorisé l’émergence de mouvements de contestation numériques, qui utilisent les réseaux sociaux comme espace alternatif d’expression de la colère populaire.

Pour certains analystes, le symbole du « cafard » a pris une dimension politique inattendue, passant d’une insulte à une identification d’une génération qui se considère capable de résister aux crises économiques, sociales et politiques.

Bien que les fondateurs du mouvement mettent en garde contre toute comparaison avec les révoltes qui ont renversé des gouvernements dans des pays voisins, beaucoup y voient le reflet d’une crise plus profonde au sein de la société indienne, marquée par une défiance envers les institutions officielles et un fossé grandissant entre le discours économique officiel et la réalité quotidienne des jeunes.

Avec l’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans les secteurs des services et des technologies, des experts craignent une aggravation de la crise de l’emploi dans les années à venir, dans un contexte économique incapable d’absorber des millions de nouveaux diplômés.

Alors que le gouvernement continue de mettre en avant les chiffres de croissance et les grands projets d’infrastructure, les critiques soulignent que le message envoyé par des millions de jeunes via cette campagne numérique est clair et alarmant : le problème ne réside plus dans la moquerie des chômeurs, mais dans les causes qui ont poussé toute une génération à se sentir exclue de l’avenir de leur pays.

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