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Un accord à Tunis relance en Libye la question des disparus de la guerre, avec un projet de loi pour clarifier leur sort et protéger les familles.

Les discussions menées sous l'égide de la mission de soutien des Nations unies en Libye ont remis au premier plan la question des disparus depuis 2011.
Lors d'une réunion organisée à Tunis, 27 représentants d'institutions étatiques, d'organismes juridiques et d'associations civiles ont réussi à s'entendre sur la nécessité d'élaborer une loi globale traitant ce dossier humanitaire complexe. Ce texte doit établir des cadres précis pour déterminer le sort des personnes disparues et garantir les droits de leurs proches.
Selon le député Miloud Al-Aswad, cette rencontre a permis de produire une « version quasi définitive » de la nouvelle loi qui abordera ce sujet, considéré comme un défi majeur pour la future autorité en Libye.
Le politologue libyen Khaled Mohamed Al-Hijazi estime que « le dossier des disparus n’est plus seulement une question humanitaire ou un simple enjeu des droits, mais qu’il se transforme progressivement en l’un des dossiers politiques et éthiques les plus sensibles, capable de redéfinir le concept même de légitimité au sein de l’État libyen ».
Il ajoute que, ces dernières années, la plupart des compromis politiques ont reposé sur des équilibres de force, des partages d’influence et des répartitions de pouvoir entre les parties en conflit, tandis que les dossiers des victimes, des disparus et des institutions défaillantes étaient mis de côté au nom de la priorité donnée à la stabilité. Aujourd’hui, la société libyenne est davantage consciente que toute autorité qui ignore la douleur de milliers de familles cherchant encore leurs proches fonde une légitimité fragile, même si elle bénéficie d’une reconnaissance internationale ou d’un soutien extérieur.
Pour Al-Hijazi, le dossier des disparus dépasse les dimensions administratives et judiciaires pour devenir un test moral et politique pour l’État. Il souligne que la légitimité des régimes dans l’après-guerre dépend fondamentalement de leur capacité à traiter les questions de justice transitionnelle.
Il estime que les sociétés peuvent dépasser les différends politiques, mais ne peuvent oublier leurs enfants disparus, faisant de ce dossier « la porte obligatoire » pour tout projet de pouvoir souhaitant durer et assurer la stabilité en Libye.
Il insiste sur le fait que « l’ignorance de ce dossier n’est plus envisageable comme auparavant, notamment face à la pression croissante des acteurs locaux et internationaux, à l’intensification des activités des organisations de défense des droits humains, et à la reprise des discussions sur les fosses communes et les violations survenues durant les années de chaos et de division. Toute autorité future sera confrontée à une question directe de la rue libyenne : que comptez-vous faire concernant les disparus ? »
Al-Hijazi conclut que « cette situation pourrait entraîner prochainement un changement important dans les critères de légitimité politique en Libye : il ne suffira plus de posséder les armes, de contrôler les institutions ou d’obtenir une reconnaissance internationale, mais la révélation de la vérité et la réalisation de la justice deviendront des éléments essentiels du nouveau contrat politique entre l’État et la société ».
Il n’existe pas en Libye de statistiques officielles sur le nombre de disparus, dont les situations varient entre personnes disparues dans des circonstances obscures, activistes politiques, défenseurs des droits, journalistes, ou victimes de catastrophes naturelles telles que l’ouragan Daniel qui a frappé Derna il y a quelques années.
Le politologue Ibrahim Asweiti considère que « l’accord obtenu en Libye est réellement important et pourrait contraindre toute autorité future, sur les plans légal, politique et moral, à révéler le sort des disparus. Ce dossier est particulièrement sensible car il implique des personnalités politiques et des défenseurs des droits dans un pays dominé par la puissance des milices, surtout à l’ouest ».
Il précise que « l’actuelle autorité de transition est incapable d’aborder ce dossier, qui figurera donc parmi les priorités du prochain pouvoir, d’autant plus que cette question est devenue une revendication populaire, même si les chiffres officiels font défaut ».



