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Les forces irakiennes ont lancé une vaste offensive dans les déserts de l’ouest du pays, ciblant les restes de Daech et renforçant la surveillance face à la présence supposée de bases étrangères secrètes. Cette opération s’inscrit dans un contexte de tensions régionales et d’inquiétudes croissantes sur la sécurité des zones désertiques.

Une opération militaire d’envergure a été déclenchée ce lundi par l’armée irakienne dans les régions désertiques de l’ouest, notamment à Najaf, Karbala, Anbar et à l’ouest de Ninive. Cette initiative mobilise des unités d’élite aéroportées, l’aviation de l’armée ainsi que la force aérienne, dans le but de fouiller les terrains difficiles et de traquer les caches de l’organisation Daech, tout en sécurisant la vaste zone désertique à l’ouest du pays.
Au-delà de la lutte contre les vestiges de Daech, cette opération reflète une inquiétude grandissante au sein des institutions sécuritaires irakiennes. Celle-ci concerne la transformation potentielle des zones désertiques en espaces sans contrôle, alimentée par les troubles régionaux et les tensions liées à l’Iran et à la Syrie.
Cette offensive intervient alors que des rapports américains et israéliens ont récemment évoqué l’existence de bases militaires secrètes israéliennes dans le désert occidental irakien, utilisées lors du dernier conflit israélo-iranien. Ces révélations ont incité les forces irakiennes à intensifier leur présence et leurs recherches dans des zones reculées longtemps échappant à leur contrôle total.
Un responsable des opérations à Anbar a précisé que cette campagne ne se limite pas à une durée courte, mais pourrait se prolonger sur plusieurs jours voire semaines, en fonction des objectifs et des informations de renseignement reçues en continu. Les forces procèdent à des inspections minutieuses dans les vallées, grottes et passages désertiques, lieux supposés avoir servi de refuges ou de points de passage aux membres de Daech entre les provinces occidentales.
Le même responsable a ajouté que l’effort de renseignement ne se concentre pas uniquement sur la traque des cellules résiduelles, mais inclut également la vérification de toute activité inhabituelle ou présence de sites militaires étrangers dans les profondeurs du désert. Pour cela, des renforts supplémentaires issus des unités d’élite et des moyens de reconnaissance aérienne ont été déployés, accompagnés d’une extension de la surveillance électronique dans les zones ouvertes difficiles à sécuriser par des moyens conventionnels.
Depuis plusieurs années, le désert occidental irakien est un terrain privilégié pour les activités de Daech, qui s’appuie sur les grottes, tunnels et routes désertiques pour reconstituer ses cellules après la perte des grandes villes en 2017. Malgré une nette diminution de ses capacités, l’organisation maintient des « cellules flexibles » qui circulent parfois entre les frontières irakiennes et syriennes, profitant des vides sécuritaires et de l’étendue des zones désertiques.
Ces mouvements coïncident avec une inquiétude accrue à Bagdad quant aux conséquences d’un éventuel effondrement sécuritaire en Syrie, où Daech reste actif dans certaines provinces. Par ailleurs, les répercussions régionales de la récente guerre entre Washington et Téhéran compliquent davantage la situation.
Selon l’expert en sécurité Kamal al-Taï, cette opération dépasse la simple chasse à Daech. Elle traduit une approche proactive de l’armée irakienne, qui considère désormais le désert occidental comme une ligne de front anticipant toute évolution sécuritaire majeure dans la région. Il souligne que les groupes extrémistes exploitent rapidement les désordres régionaux, en particulier dans les zones désertiques, ce qui justifie la stratégie de frappes préventives et de déploiement profond dans les territoires isolés.
Al-Taï précise également que l’armée cherche à renforcer sa présence dans les zones où des rapports ont évoqué des activités ou bases étrangères non déclarées, car tout vide sécuritaire pourrait devenir une menace complexe à terme.
Les évaluations des services de sécurité irakiens indiquent que le désert occidental représente aujourd’hui une des zones les plus sensibles stratégiquement. Cette importance ne réside pas uniquement dans la présence de Daech, mais aussi dans la proximité avec la frontière syrienne et les routes de contrebande et déplacements complexes qui s’y déroulent depuis plusieurs années.
Les observateurs estiment que Bagdad cherche à travers cette opération à démontrer sa capacité à contrôler les espaces désertiques, empêchant ainsi qu’ils ne deviennent des terrains propices aux conflits régionaux ou au renforcement des groupes armés. Cette campagne intervient dans une phase qualifiée de particulièrement délicate depuis la fin de la guerre contre Daech en 2017.



