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Le Parlement européen a adopté une résolution appelant à un renforcement du contrôle sur les réseaux de financement de l'islam politique, provoquant une vive division entre les députés.

Le dossier des Frères musulmans est devenu un champ de bataille au sein du Parlement européen, après qu'une résolution appelant à renforcer la surveillance des réseaux de l'islam politique et de leur financement a déclenché une profonde division parmi les députés, notamment français.
Alors que le Parlement a approuvé la résolution par 381 voix contre 167, une confrontation politique plus large s'est dessinée derrière ce vote, portant sur la manière de traiter l'islam politique en Europe et sur la question de savoir si la lutte contre l'extrémisme nécessite une action européenne unifiée ou si le sujet est devenu un outil de conflit entre la droite et la gauche.
Tout infiltrat est-il terroriste ?
Selon le magazine français "L'Opinion", le débat a eu lieu trois ans après les attaques du 7 octobre, un moment qui n'était pas dépourvu de signification politique.
Mais la députée française du groupe "Renew", Nathalie Loiseau, a mis en garde contre la confusion entre terrorisme et ce que certains milieux appellent l'"infiltration" ou le travail progressif au sein des institutions et de la société.
Loiseau affirme que l'infiltration est "une opération qui agit sous couvert pour pousser une agenda différent de celui initialement annoncé", mais elle estime qu'elle reste distincte du terrorisme, pour lequel l'Europe dispose déjà d'outils tels qu'Europol et Eurojust.
Selon sa position, on ne peut pas considérer comme projet terroriste toute association demandant, par exemple, la séparation des horaires de natation entre femmes et hommes, simplement parce qu'elle adopte un discours conservateur ou religieux.
Quant à la députée française du parti Les Républicains, membre du groupe du Parti populaire européen (PPE), Céline Imart, elle défend la résolution en affirmant qu'elle vise l'islam politique et non la religion islamique ou les musulmans.
Elle précise que le texte clarifie ces limites "de manière très nette" dès son préambule, ajoutant que le Parlement européen est appelé pour la première fois à examiner directement l'influence des réseaux des Frères musulmans et leurs mécanismes de fonctionnement.
Organisations mouvantes et financement difficile à tracer
La résolution se concentre sur ce que ses partisans considèrent comme la capacité de certains réseaux à changer de nom et à se restructurer pour échapper à la surveillance.
"L'Opinion" note que l'Union des organisations islamiques de France est devenue "Musulmans de France" en 2017, tandis que la Fédération des organisations islamiques en Europe s'est rebaptisée "Conseil des Musulmans d'Europe" en 2020.
De même, une organisation allemande a changé de nom, passant de IGD à DMG en 2018.
Ces organisations nient, selon le rapport, les liens qui leur sont attribués avec la confrérie des Frères musulmans.
Ainsi, la simple similitude de noms ou les relations antérieures ne suffisent juridiquement pas à prouver l'appartenance à une organisation terroriste, un point qui rend le dossier extrêmement sensible au sein des institutions européennes.
La résolution demande à la Commission de surveiller les fonds européens "jusqu'au bout de la chaîne", y compris les sous-traitants, les intermédiaires et les entités pouvant servir de façades.
Imart s'appuie sur des chiffres de la Cour européenne des comptes indiquant que l'Union a versé 7,4 milliards d'euros à plus de 12 000 ONG entre 2021 et 2023, sans disposer d'une image complète et fiable de la destination de tous ces fonds.
Loiseau et Imart conviennent de la nécessité d'améliorer le suivi du financement, surtout après les controverses concernant les subventions européennes accordées à des établissements d'enseignement et à des organisations de jeunesse.
La gauche met en garde contre l'islamophobie
Les groupes de gauche, socialistes et verts ont refusé de présenter une proposition de résolution concurrente.
La députée française Chloé Ridel, du Parti socialiste, a déclaré que la droite s'était alliée à ses amis de l'extrême droite pour imposer un discours "islamophobe".
Elle s'est interrogée sur la raison pour laquelle on ne condamnait pas ce qu'elle qualifie d'infiltration de groupes catholiques traditionalistes anti-avortement ou l'influence du président américain Donald Trump au sein des mouvements politiques.
Nicola Procaccini, président du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (ECR), a répondu que l'islam radical et l'Église chrétienne ne posent pas le même problème, invoquant le fait que l'Europe s'est historiquement construite sous l'influence du christianisme ainsi que du droit et de la culture gréco-romaine.
Cet échange révèle que le désaccord porte non seulement sur les mesures, mais aussi sur la définition même de l'identité européenne.
Rapport français étendant la bataille à Bruxelles
Les partisans de la résolution s'appuient sur un rapport français publié en mai 2025 intitulé "Frères musulmans et islam politique en France".
Le rapport décrit une activité associative et municipale "venue d'en bas", mentionnant 139 lieux de culte liés à ce courant et 68 proches de lui, ainsi que 280 associations et 21 établissements scolaires accueillant environ 4 200 élèves.
Il consacre une section à l'Europe, estimant que Bruxelles est devenue un centre important pour les réseaux de la confrérie, en raison de sa proximité avec les institutions de l'Union.
Mais il distingue, selon l'article français, entre les liens organisationnels directs et la simple convergence politique ou intellectuelle, une distinction essentielle pour éviter de transformer les soupçons en jugements.
En fin de compte, la résolution ne place pas les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes, mais elle transfère la bataille des capitales nationales au cœur du Parlement européen.
Alors que la droite y voit une étape nécessaire pour protéger les institutions et empêcher l'utilisation abusive des fonds publics, la gauche craint qu'elle ne devienne un outil généralisant la suspicion envers les musulmans et les associations islamiques.



