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Une île sans armée : pourquoi l'Islande a fermé les portes de l'Union européenne ?
En août 2026, l'Islande a rejeté par référendum une réouverture des négociations d'adhésion à l'UE, marquant un tournant dans sa politique extérieure. Le pays reste membre fondateur du NATO, mais sans armée, face à de nouveaux défis géopolitiques.

Le trente août 2026, les urnes ont révélé que l'Islande a dit « non ». À un très étroit écart de 52 % des voix, les Islandais ont refusé de rouvrir les négociations d'adhésion à l'Union européenne, dans un référendum longtemps attendu.
Le résultat a surpris beaucoup : les sondages jusqu'à la dernière minute donnaient une légère avance au « oui », mais le vote effectif a tranché en faveur de ceux qui ne veulent pas renoncer à leur souveraineté.
L'Europe, qui attendait son vingt-huitième membre, est sortie avec un goût amer, tandis que l'Islande restait une île sans armée, membre fondateur du NATO, confrontée à des menaces qu'elle n'avait jamais connues auparavant.
Le référendum né en retard
Le gouvernement prévoyait de tenir le référendum en 2027. Mais en janvier 2026, le président américain Donald Trump a perturbé les calculs en mélangeant quatre fois d'affilée Groenland et Islande lors d'un discours à Davos, qualifiant l'île de « morceau de terre froide et mal située », puis en suggérant, par l'intermédiaire de l'ambassadeur américain à Reykjavik, que l'Islande pourrait devenir la « cinquante-deuxième État américain ».
En mars, la Première ministre Kristrún Frounsdóttir a décidé de décaler le référendum de plus d'un an. Selon Biya Hansson, directrice de l'Institut des affaires internationales à Reykjavik, interrogée par Le Monde : « Cela a ouvert nos yeux sur le changement en cours dans la relation transatlantique ».
Mais Hansson elle-même a reconnu qu’à la fin, « le dossier de sécurité a occupé une place très réduite dans les débats ». Les Islandais ont surtout discuté des préoccupations qui les hantent depuis des décennies : coût de la vie, droits de pêche et souveraineté nationale.
Résultat et enjeux derrière
Un résultat de 52 % contre 48 % ne reflète pas une victoire écrasante, mais un pays divisé. La tranche qui a basculé est celle qui s'est réveillée avec la mémoire de l'indépendance.
L'Islande n'a obtenu son indépendance totale vis-à-vis du Danemark qu'en 1944, et les décennies d'hégémonie étrangère sont encore présentes dans la conscience collective.
La professeure de droit Margrét Einarsdóttir, interrogée par le New York Times, a décrit ce qu'elle voyait comme « une ressemblance avec l'opposition politique et la désinformation ».
Sur le terrain, l'Islande reste partie à l'accord de Schengen et à l'espace économique européen avec la Norvège et le Liechtenstein, et bénéficie du marché unique européen sans participer à la prise de décision. Un statut que la revue L'Express a qualifié de « membres sans voix ».
Une île sans armée dans un temps de danger
Dans le port devant les hôtels touristiques de Reykjavik, cinq navires de guerre ont accosté ces derniers jours : deux canadiennes, une allemande, une polonaise et une lituanienne, pour la plupart des chasseurs de mines.
Tous participent à l'exercice bilatéral du NATO « Northern Viking », qui s'étend du 23 août au 3 septembre.
Ce spectacle incarne en une image la contradiction islandaise : une île sans armée qui héberge une flotte étrangère pour sa protection.
L'Islande est membre fondateur du NATO depuis 1949, et l'une des deux seules nations du bloc à ne pas posséder de forces armées, l'autre étant Luxembourg.
Le capitaine Art Heinz, officier chargé des opérations « Sea Breeze » durant cet exercice, explique à Libération l'importance stratégique du site : « L'Islande contrôle (GIUK), ce corridor maritime s'étendant du rivage du Groenland jusqu’au nord de l’Écosse. Toute sous-marine nucléaire russe partant de la péninsule de Kola ne peut atteindre les profondeurs de l’océan Atlantique qu’en passant par ce passage ».
Depuis le début de 2026, l'Islande a repéré un pétrolier de la « flotte fantôme » russe suspendu au-dessus d’un câble sous-marin, puis un navire d’espionnage russe apparu dans sa zone économique exclusive.
Le député Paul Bartošek, président de la commission des affaires étrangères, résume ce que l’île peut offrir : « Ce que notre pays peut apporter, c’est d’être un bon hôte. Disposer d’installations à l’aéroport de Keflavík et ailleurs nous rend un site exceptionnel pour des missions de surveillance aérienne et pour renforcer la capacité des alliances ».
Nouveau projet de défense et voix faible
En février 2026, le parlement islandais a adopté pour la première fois dans son histoire une stratégie nationale de défense et de sécurité. Frounsdóttir s’est engagée à porter le budget de défense à 1,5 % du produit intérieur brut, orienté vers la surveillance et l’infrastructure, non vers la création d’un armée.
Mais les critiques s’accumulent aux marges du débat politique. Arnór Sigurjónsson, ancien représentant islandais au NATO pendant seize ans, estime que l’Islande ne peut pas compter entièrement sur les États-Unis : « Si nous n’avons pas de plan de secours, nous ne sommes pas une véritable souveraineté », et propose une armée de mille soldats et cinq cents réservistes.
Mais un sondage Gallup d’avril 2025 a montré que 72 % des Islandais s’opposaient à la création d’une armée.
À l’inverse, Guttormur Þorsteinsson, président de l’association principale contre l’armement, exprime son regret : « Dans le Parlement actuel, les voix pacifistes ont presque disparu », et juge que l’engagement profond dans le NATO transforme l’île en cible sans refuge.
La députée social-démocrate Ása Bragadóttir Hilmarsdóttir formule l’équation impossible en une phrase pour Libération : « Quand celui qui est censé vous protéger est lui-même la menace, que pouvez-vous faire ? »
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