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La Russie accroît ses activités dans la « zone grise » en Europe pour semer la peur, entraver l’aide à l’Ukraine et diviser les alliés, selon des rapports occidentaux et des données ukrainiennes.

La Russie a renforcé la pression sur les alliés européens de l’Ukraine par une série d’opérations classées dans la « zone grise », conçues pour générer de l’instabilité et de la crainte. Ce changement stratégique intervient alors que ses avancées militaires sur le terrain en Ukraine stagnent et qu’elle subit une multiplication d’attaques dévastatrices menées depuis son territoire par des drones et des missiles ukrainiens.
Des autorités européennes ont établi un lien direct entre Moscou et une vague récente d’incidents : intrusions aériennes par des drones, actes de sabotage, cyberattaques et autres formes d’hostilité non conventionnelle sur le continent, rapporte le Wall Street Journal.
Les dirigeants de l’OTAN, menée par les États-Unis, jugent ces manœuvres inquiétantes. Elles traduisent, selon eux, une volonté accrue de Moscou de prendre des risques en Europe. Le président Vladimir Poutine chercherait ainsi à entraver le flux d’aide européenne vers l’Ukraine et à creuser les fractures entre les membres de l’alliance.
Des responsables occidentaux estiment que la Russie pourrait amplifier cette confrontation. Ils signalent notamment qu’elle a déjà saisi des drones ukrainiens, susceptibles d’être détournés pour des attaques sous « bannière factice » contre des pays de l’OTAN.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rejeté catégoriquement ces allégations, les qualifiant d’instrument destiné à justifier une militarisation accrue de l’Europe contre la Russie.
Un signe de l’alarme à Washington s’est manifesté mardi avec une visite surprise à Moscou du directeur de la CIA, John Ratcliffe. Selon des personnes informées de ce déplacement, il y a transmis au gouvernement de Poutine le message clair que les États-Unis restent pleinement engagés aux côtés de leurs alliés de l’OTAN.
Rimantas Prudnikas, chef de l’Agence de renseignement civil lituanienne, a précisé que l’objectif russe consiste à limiter le soutien fourni par les pays de l’OTAN à l’Ukraine, ajoutant que la diffusion de la peur constitue également un effet secondaire recherché de ces opérations.
Ces dernières semaines ont été marquées par plusieurs incidents documentés : trois drones piégés ont été découverts dans ou à proximité d’un aéroport allemand, dont l’un placé sous un avion-cargo ukrainien. Des drones russes ont pénétré à plusieurs reprises l’espace aérien de l’OTAN, et l’un d’eux a récemment été abattu au-dessus de la Roumanie.
Les services de renseignement néerlandais ont mis en garde contre une surveillance systématique exercée par des entités russes via le piratage de caméras connectées à Internet, dans le but d’espionner les livraisons d’aide destinées à l’Ukraine.
Le nombre mensuel d’incidents vérifiés et attribués à la Russie dans la « zone grise » en Europe a augmenté, passant d’un pic de dix cas par mois à plusieurs reprises depuis le début de l’année 2024 à environ quinze cas par mois depuis avril, selon les données du Centre de sécurité Sahaidachny en Ukraine, qui suit ces activités.
Les analystes du centre soulignent toutefois la difficulté à identifier des tendances fiables, car de nombreux incidents soupçonnés d’origine russe ne sont pas inclus dans leur base de données.
Cette intensification des actions hostiles limitées coïncide avec une nouvelle phase plus meurtrière du conflit russo-ukrainien. L’Ukraine multiplie les frappes réussies contre des cibles profondément implantées sur le territoire russe, infligeant des dégâts sévères aux secteurs pétrolier, gazier et à d’autres industries essentielles à l’effort de guerre de Moscou.
En parallèle, le Kremlin applique une stratégie similaire contre l’Ukraine, bien que les flux financiers et logistiques qui alimentent les lignes de front à Kiev proviennent largement de l’intérieur même des pays membres de l’OTAN.



