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Une étude pilote démontre que l’association de dispositifs portables, de la géolocalisation et d’enquêtes en temps réel permet de mesurer les impacts immédiats de la chaleur et de la pollution atmosphérique sur la santé physique et émotionnelle.

Face à l’augmentation des épisodes de chaleur extrême et de la dégradation de la qualité de l’air liée au changement climatique, des chercheurs de la City University of New York (CUNY) ont exploré une nouvelle méthode pour évaluer en temps réel les effets de ces conditions environnementales sur les individus. Leur étude pilote, publiée dans JMIR Formative Research, combine l’utilisation de montres connectées, le suivi GPS par smartphone et des enquêtes d’auto-évaluation écologique pour suivre les expositions environnementales et leurs répercussions immédiates.
Les auteurs principaux de cette recherche incluent Sameera Ramjan et Melissa Blum, accompagnés de Rung Yu Tseng, Katherine Davey, Duke Shereen, ainsi que la professeure Yoko Nomura, qui signe l’article en tant qu’auteure principale. Ramjan, doctorante en psychologie au Graduate Center de la CUNY, souligne que cette approche permet de capturer les variations physiologiques et émotionnelles des participants en fonction des environnements traversés, révélant rapidement des corrélations entre exposition et réactions corporelles.
Les participants ont porté des montres Fitbit pendant environ un mois et ont répondu plusieurs fois par jour à des questionnaires courts sur leur humeur, appelés évaluations écologiques instantanées. En croisant ces données avec la géolocalisation fournie par leurs smartphones, les chercheurs ont pu estimer l’exposition à la chaleur ainsi qu’à plusieurs polluants atmosphériques tels que le dioxyde d’azote, les particules fines et le dioxyde de soufre.
Les résultats ont montré que cette méthode est à la fois réalisable et riche d’informations. Une exposition accrue à la chaleur et au dioxyde d’azote s’est traduite par une modification de la variabilité de la fréquence cardiaque, un indicateur de la capacité du corps à gérer le stress. Par ailleurs, une plus forte exposition au dioxyde de soufre a été associée à une augmentation des sentiments de nervosité et de désespoir.
Un résultat inattendu a été observé concernant la chaleur : une exposition plus importante correspondait à une diminution des sentiments de tristesse auto-déclarés, ce qui pourrait s’expliquer par une augmentation des activités extérieures et des interactions sociales lors des périodes plus chaudes. Les chercheurs insistent cependant sur la nécessité de mener des études à plus grande échelle pour approfondir ces observations.
Melissa Blum, étudiante en médecine à l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai, met en avant que cette approche innovante dépasse les méthodes traditionnelles basées sur des capteurs fixes ou des adresses domiciliaires, en créant des profils d’exposition personnalisés qui évoluent avec les déplacements des individus au cours de leur journée.
Selon Yoko Nomura, professeure distinguée de psychologie à la CUNY Graduate Center et Queens College, cette étude est la première à combiner ces trois technologies pour mesurer les expositions environnementales et leurs impacts immédiats sur la santé. Bien que limitée par sa taille, cette recherche illustre une convergence prometteuse entre technologies grand public et épidémiologie environnementale, susceptible d’ouvrir la voie à des approches personnalisées en médecine préventive.
Les chercheurs ont identifié des pistes d’amélioration pour le système, notamment en simplifiant son utilisation et en augmentant l’adhésion des participants. Ces ajustements ont déjà été intégrés dans une phase suivante financée par les National Institutes of Health (NIH), qui étudie l’influence des expositions environnementales prénatales et actuelles sur le développement cérébral et la santé mentale des adolescents.
Cette avancée intervient dans un contexte où la chaleur extrême et la pollution atmosphérique augmentent, affectant particulièrement les populations vulnérables telles que les enfants, les femmes enceintes, les personnes sans domicile fixe et les individus à faible statut socio-économique. Les enfants sont particulièrement exposés à des risques à long terme, car ces facteurs environnementaux peuvent influencer leur développement cérébral et comportemental.
Au-delà de la recherche, cette technologie pourrait à terme soutenir la prise en charge clinique en permettant aux médecins de mieux adapter leurs décisions pour les patients sensibles à la chaleur ou à la mauvaise qualité de l’air. Yoko Nomura rappelle cependant que ce travail reste préliminaire et que les conclusions doivent être prudentes compte tenu de la taille réduite de l’échantillon, tout en soulignant l’importance d’améliorer la mesure des expositions pour la protection de la santé publique.
La publication de cette étude, intitulée « Feasibility of Integrating Wearable Devices and Ecological Momentary Assessment for Real-Time Environmental Exposure Estimation: Proof-of-Concept Study », est datée du 8 mai 2026 et accessible via le DOI 10.2196/86615. Elle a bénéficié du soutien financier du Professional Staff Congress–City University of New York (PSC-CUNY).



