Liban
La réunion des chefs maronites à Dimane pour honorer le bienheureux patriarche Elias Howayek soulève la question de leur capacité à s'unir autour d'un projet national pour l'État libanais.

La scène de la réunion des chefs maronites à Dimane pour participer à l'hommage rendu au bienheureux patriarche Elias Howayek n'était pas simplement une occasion ecclésiastique ou une célébration historique, mais elle portait en elle des dimensions politiques et nationales dépassant le cadre de l'événement lui-même. Car Howayek n'était pas seulement un homme d'Église, il fut l'un des pères fondateurs les plus éminents de l'idée du Grand Liban, porteur d'une vision fondée sur un État d'institutions, la coexistence et l'ouverture sur le monde.
Aujourd'hui, dans le contexte de l'effondrement des institutions étatiques, Dimane semble invoquer l'héritage de Howayek pour poser une question fondamentale : les chefs maronites peuvent-ils passer de l'image de l'unité à un projet national qui unisse les Libanais autour de l'État ?
La rue chrétienne, comme les Libanais en général, a souffert pendant de longues années de divisions politiques qui se sont traduites par un affaiblissement des institutions étatiques et une paralysie des échéances constitutionnelles. Aussi, la simple tenue de cette réunion des dirigeants chrétiens dans l'enceinte patriarcale porte-t-elle un message selon lequel il existe encore des dénominateurs communs capables de les rassembler, au premier rang desquels la protection de l'entité libanaise.
Mais le véritable défi ne réside pas dans la prise de photo, mais dans sa traduction en une position politique claire, dont le titre est le rassemblement autour du projet d'État et le soutien à la présidence de la République dans le processus de restauration des institutions. Le président Joseph Aoun mène aujourd'hui une phase délicate dont la devise est la reconstruction de la confiance en l'État, la consolidation de sa souveraineté, la limitation de la décision de guerre et de paix aux institutions légitimes, ainsi que le lancement de la réforme et le rétablissement des relations libanaises arabes et internationales.
La réussite de ce projet nécessite un large couvert national, et commence par l'environnement politique chrétien qui, historiquement, a toujours été lié à l'idée de l'État libanais. Si les chefs rassemblés à Dimane parviennent à s'accorder sur le fait que l'édification de l'État prime sur tous les calculs partisans et électoraux, ils auront alors ravivé une partie du message de Howayek, sans se contenter de commémorer sa mémoire.
Il n'est pas secret que Bkerké et Dimane ont toujours été des étapes charnières dans l'histoire du Liban, d'où sont parties de grandes initiatives nationales à des moments décisifs. De ce fait, l'opinion publique attend de voir si cette rencontre restera dans le cadre symbolique ou constituera le début d'un compromis politique qui place l'intérêt de l'État au-dessus des intérêts catégoriels.
Car le bienheureux Howayek n'a pas lutté pour un État faible ou otage des axes régionaux, mais pour une patrie souveraine, libre, capable de protéger tous ses enfants. Cet héritage impose aux dirigeants réunis sous le toit de Dimane une responsabilité historique qui consiste à soutenir chaque pas renforçant l'autorité de l'État et à appuyer la présidence de la République dans l'achèvement du projet de restauration de la souveraineté, de réforme et de construction des institutions.
La réunion de Dimane ne suffira peut-être pas à elle seule à unifier le rang chrétien, mais elle est capable, si la volonté politique existe, de constituer un point de départ vers une nouvelle entente nationale. Car le Liban d'aujourd'hui n'a pas tant besoin d'alliances circonstancielles que d'un consensus autour de l'État, et de la conviction que l'avenir des Libanais ne se construit qu'à travers des institutions fortes, une constitution respectée et une présidence de la République soutenue par les forces politiques dans la bataille de la reconstruction de la patrie.
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