Culture & société
Les États-Unis et la Chine rivalisent dans le développement de robots et d’IA capables de simuler les défunts, avec trois marchés convergents en croissance explosive : héritage numérique, compagnons sociaux IA et robots humanoïdes.

Le « numérique posthume » émerge comme un nouveau champ de compétition géostratégique entre les États-Unis et la Chine. Des avancées en intelligence artificielle permettent désormais de créer des répliques numériques et physiques d’individus décédés. Washington mise sur la construction d’une économie fondée sur l’héritage numérique, tandis que Pékin investit massivement dans des robots à haute fidélité humaine, préparant une évolution vers des copies avancées de personnes vivantes.
Les systèmes d’IA et les robots imitant les défunts — désignés sous le terme « Deadbots » — s’inscrivent dans trois marchés en forte expansion : le marché de l’héritage numérique, celui des assistants sociaux basés sur l’IA, et celui des robots humanoïdes. Selon Morgan Stanley, ce dernier devrait atteindre 5 000 milliards de dollars d’ici 2050, avec plus d’un milliard de robots déployés à travers le monde.
L’organisation américaine Veterans First for America a lancé un projet intitulé « QAIAx4E HRR », visant à préserver l’identité d’une personne après son décès via le transfert de son « ADN numérique » vers des robots humanoïdes. Ce projet s’inspire initialement d’une technologie d’IA conçue pour l’assistance juridique aux anciens combattants, puis étendue à des essais cliniques proposés dans les domaines de la santé mentale et comportementale. Il repose sur un réseau décentralisé de 300 « petites villes » implantées dans des zones fédérales et militaires américaines, ainsi que dans des sites internationaux sélectionnés, selon un modèle de « main-d’œuvre hybride ».
Le dispositif met en avant le concept de « trace numérique » : une combinaison équipée de 40 capteurs tactiles permet d’enregistrer la motricité, les réponses physiologiques, les signes vitaux et les compétences professionnelles. Ces données alimentent ensuite la création d’un profil numérique capable de reproduire certains aspects de l’identité, des connaissances et des capacités de la personne. À terme, ces profils peuvent être transférés vers des robots humanoïdes ou visualisés sous forme de représentations tridimensionnelles. Les familles et institutions peuvent ainsi conserver ces fichiers numériques via des fiducies ou des successions, permettant au défunt de continuer à enseigner, travailler ou interagir avec les générations futures.
Deux formules tarifaires sont proposées : une conservation de 100 ans pour 300 000 dollars, et une durée de 500 ans pour un million de dollars. L’ouverture des inscriptions est prévue pour octobre prochain.
Dans le même temps, la société chinoise Ubtech a présenté « UWorld U1 », son premier robot humanoïde ultra-réaliste, baptisé « Ultra-Bionic ». Doté d’une peau en silicone, d’un visage réaliste avec des yeux suivant le regard et des cils naturels, il dispose de 88 degrés de liberté articulaire sur l’ensemble de son corps à taille humaine. Son cou biomimétique à double axe lui confère des mouvements proches de ceux d’un être humain.
Le robot intègre un système de grand modèle linguistique (LLM) sensible aux émotions, capable d’identifier des « états émotionnels subtils » et d’y répondre en temps réel, afin d’agir comme un compagnon proactif. La société développe également une technologie qu’elle compte intégrer cette année, permettant la reconstruction 3D de visages et la copie d’identités à partir de la signature vocale. Cette innovation vise à recréer des individus spécifiques, en combinant des modèles interactifs émotionnels et des systèmes de mémoire à long terme personnalisés — pour produire soit un double d’un défunt, soit une réplique d’un proche éloigné géographiquement.
Le robot est destiné à un usage commercial et sera mis en vente cette année au prix de 18 000 dollars américains.
Le marché de l’héritage numérique, lié à l’explosion des actifs et données personnelles accumulés durant la vie numérique, valait 12,9 milliards de dollars en 2024. Il devrait passer de 17,2 milliards en 2026 à 30,8 milliards d’ici 2030, porté par la montée de la prise de conscience autour des testaments numériques, de la transmission des biens numériques et de la protection des identités en ligne.
Le marché des assistants sociaux numériques — assistants IA conçus pour l’interaction sociale — était évalué à 36,8 milliards de dollars en 2025. Il devrait croître de 48,0 milliards en 2026 à 318,0 milliards d’ici 2033.
Stephanie Link, chef stratégiste en investissement chez la société de gestion de patrimoine High Tower, qui gère des actifs pour 353 milliards de dollars, a indiqué avoir récemment commencé à investir dans ce secteur. Elle souligne que le nombre de robots augmentera considérablement à long terme, et que le marché connaîtra une croissance sans précédent dans les années à venir.
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