Culture & société
Les trois causes de la souffrance humaine selon le bouddhisme
Le psychologue Ben Bernstein, spécialiste de la performance et en rétablissement depuis 37 ans, relie les enseignements bouddhiques sur la souffrance — attachement, aversion et ignorance — à la pratique clinique, à la gestion du stress extrême et à la lutte contre les addictions.

Le docteur Ben Bernstein explore, dans un article publié le 22 août 2026, les trois causes fondamentales de la souffrance humaine telles qu’enseignées par le Bouddha : l’attachement, l’aversion et l’ignorance. Ces concepts, qu’il a approfondis lors d’une retraite de méditation silencieuse de dix jours dans le nord de l’Inde, éclairent son travail de psychologue de la performance et sa propre expérience personnelle de dépendance et de rétablissement.
L’attachement désigne ce à quoi l’on s’accroche : les états désirés, les biens matériels ou les attentes relationnelles. « Je veux être heureux », « Je veux que mes enfants soient ainsi », « Je veux que mon patron soit plus bienveillant » — toutes ces formulations traduisent une résistance au moment présent. L’aversion, son contraire, exprime ce que l’on rejette : le froid, les paroles d’un collègue, des ressources limitées. Elle naît chaque fois que la réalité ne correspond pas à nos attentes, nourrissant un malaise persistant.
L’ignorance, troisième cause, n’est pas une simple absence de savoir, mais une méconnaissance structurelle du caractère impermanent de toute chose. Chaque instant est unique, chaque souffle nouveau, chaque perception distincte. Comme les images successives d’un film, les moments s’enchaînent sans continuité intrinsèque. Ce que Bernstein appelle « le moment » doit être distingué de « l’histoire que l’on en fait ». C’est cette histoire, répétée, renforcée et prise pour vérité, qui alimente l’attachement ou l’aversion — et nous éloigne du présent.
Cette distinction est centrale dans son accompagnement d’athlètes olympiques, de chirurgiens, de premiers intervenants ou encore de fondateurs de start-up visionnaires. Pour eux, la performance optimale exige une pleine présence : ni le souvenir d’un échec passé, ni l’anticipation d’un défi futur ne doivent interférer avec l’action immédiate. Shaquille O’Neal, par exemple, réussissait ses lancers francs en entraînement, mais son taux de réussite en match s’établissait à 52,7 % sur sa carrière — un écart attribué, entre autres, à une perte de concentration dans l’instant.
Bernstein observe aussi que les fondateurs, confrontés à des pressions intenses, peuvent recourir à des comportements addictifs — alcool, drogues, pornographie, jeu — non pas par faiblesse, mais comme tentative d’échapper à ce qui se présente ici et maintenant. Le travail thérapeutique vise alors à déconstruire les habitudes inefficaces issues de l’attachement, de l’aversion et de l’ignorance, afin de restaurer la capacité à répondre pleinement à chaque défi, qu’il soit attendu ou redouté.
Sa propre trajectoire, marquée par deux dépendances surmontées et 37 années de rétablissement dans le cadre des douze étapes, confirme cette lecture. La formule « un jour à la fois » résonne avec l’enseignement bouddhique : chaque jour est une possibilité nouvelle, chaque action — refuser une boisson, ne pas consulter un site, ne pas placer un pari — une rupture concrète dans le cycle toxique. Ce cycle repose sur l’aversion (« Je ne supporte plus ma vie »), l’attachement (« Cela seul me soulagera ») et l’ignorance (« Je n’en sortirai jamais »).
Rester ancré dans l’instant, c’est reconnaître que la vie ne se déroule pas comme un récit linéaire, mais comme une succession continue de moments frais : une inspiration suivie d’une expiration, un clignement de paupières, la caresse d’une brise sur la peau. Libéré de la tyrannie de l’histoire qu’on se raconte, l’individu peut retrouver une liberté authentique — celle de vivre pleinement ce qui est, ici et maintenant.
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