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Nvidia a conclu un accord pour acquérir Hugging Face à hauteur de 12,9 milliards de dollars, selon une information révélée mercredi soir par The Information, tandis que Business Insider indique que l’accord n’est pas encore signé et reste susceptible de tomber à l’eau.

Nvidia a accepté d’acquérir Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, rapporte The Information mercredi soir, citant une source proche du dossier. Business Insider, qui avait révélé le week-end précédent que la société faisait l’objet d’intérêts de rachat, précise mercredi soir que les négociations — évaluant l’entreprise à plus de 13 milliards de dollars — n’ont pas encore abouti à un accord signé et pourraient encore échouer.
TechCrunch a contacté Nvidia et Hugging Face pour obtenir leurs commentaires, sans recevoir de réponse à ce jour. Le silence de Nvidia est particulièrement remarqué, car la société a traditionnellement réagi rapidement aux informations qu’elle juge inexactes.
Fondée en 2016, Hugging Face figure parmi les plateformes les plus utilisées par les développeurs pour partager et télécharger des modèles d’intelligence artificielle open source. Son rachat offrirait à Nvidia une position stratégique majeure dans l’écosystème de l’IA ouverte, au moment même où les acteurs open source redoublent d’efforts pour rattraper les systèmes fermés d’Anthropic et d’OpenAI.
Cette acquisition vise avant tout à consolider la domination de Nvidia sur le marché des puces IA, dont la pérennité semble aujourd’hui moins assurée malgré un rythme soutenu de lancements de nouveaux composants. En effet, les principaux laboratoires d’IA fermés — OpenAI, Google, Amazon et Anthropic — développent tous leurs propres puces afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de Nvidia. Un écosystème dynamique de modèles open source renforce les alternatives disponibles pour les clients, ce qui maintient une forte demande pour le matériel de Nvidia. C’est aussi la raison pour laquelle la société a déjà investi des dizaines de milliards de dollars dans la création de ses propres modèles open source.
La fin de l’indépendance de Hugging Face ne surprend guère. Son PDG, Clem Delangue, s’est publiquement aligné cette année sur la stratégie open source de Nvidia, alors que Washington examine depuis plusieurs mois la possibilité d’imposer des restrictions aux modèles open weight. Des laboratoires chinois comme Moonshot AI ont notamment lancé des systèmes — tel que Kimi K3 — capables de rivaliser avec les meilleurs modèles américains sur les benchmarks, tout en étant nettement moins coûteux à faire fonctionner. Ces avancées ont nourri à Washington des préoccupations liées à la compétitivité et à la sécurité nationale. Certains critiques des laboratoires fermés, comme David Sacks, conseiller à la Maison Blanche, ont estimé que ces inquiétudes étaient entretenues par le « duopole » formé par Anthropic et OpenAI.
Lors d’une intervention sur CBS dans l’émission « Face the Nation » plus tôt ce mois-ci, Delangue a expliqué qu’Hugging Face avait utilisé une version modifiée par Nvidia d’un modèle open source chinois pour se défendre après une cyberattaque. Il a également évoqué une lettre récemment signée par le PDG de Nvidia, Jensen Huang, ainsi que par 24 autres entreprises, dont Hugging Face, appelant le gouvernement américain à soutenir les modèles open source plutôt que de les restreindre. Dans un entretien distinct avec CNBC fin juillet, Delangue a répété ce point, soulignant que la Chine « domine clairement » le domaine de l’IA open source.
L’accord marquerait également un retour de Nvidia dans le cloud computing. La société aurait réduit l’ampleur de son offre DGX Cloud il y a environ un an. Or, selon The Information, le contrôle d’Hugging Face — qui aide déjà les développeurs à exécuter leurs modèles IA via des ressources informatiques louées — permettrait à Nvidia de réintégrer ce marché sans repartir de zéro.
Un autre enjeu est financier. Nvidia s’est engagée à couvrir une partie des coûts liés à des contrats de cloud computing d’un montant total de dizaines de milliards de dollars. Si ses clients n’utilisent pas l’intégralité de la puissance de calcul souscrite, Nvidia pourrait se retrouver avec une capacité inutilisée. En devenant propriétaire d’Hugging Face, elle pourrait revendre cette capacité excédentaire aux clients de la plateforme.
Le prix proposé représente une hausse spectaculaire par rapport à la dernière valorisation connue d’Hugging Face. Lors de son tour de financement de 2023, la société avait levé 235 millions de dollars, ce qui lui avait valu une évaluation de 4,5 milliards de dollars. Ce tour était mené par Salesforce Ventures, avec la participation de GV (Alphabet), IBM Ventures et Nvidia elle-même, entre autres.
Ce ne serait pas la première fois qu’Hugging Face envisage une collaboration avec Nvidia. Selon le Financial Times, la société avait refusé à la fin de l’année dernière une offre d’investissement de 500 millions de dollars de la part de Nvidia, qui aurait valorisé Hugging Face à 7 milliards de dollars. À l’époque, Hugging Face avait indiqué ne pas souhaiter un actionnaire majoritaire susceptible d’influencer ses décisions.
Pourquoi accepter aujourd’hui ? Une acquisition diffère fondamentalement de l’entrée d’un unique investisseur dominant : dans ce dernier cas, la perte de contrôle s’accompagne souvent d’une pression accrue pour accélérer la croissance. Par ailleurs, Hugging Face demeure une entreprise relativement modeste en termes de chiffre d’affaires dans le secteur de l’IA. The Information indique qu’elle génère actuellement environ 150 millions de dollars de revenus annuels, contre environ 100 millions deux mois plus tôt.
Cette croissance a permis à la société de se rapprocher de la rentabilité, comme l’a confirmé Delangue à TechCrunch le mois dernier. Toutefois, une valorisation proche de 13 milliards de dollars constituerait un multiple extrêmement élevé pour une structure de cette taille — et difficile à refuser.
Enfin, l’opération donnerait à Hugging Face accès aux ressources financières bien plus importantes de Nvidia, alors que d’autres acteurs de l’infrastructure IA sont absorbés par de grands groupes. C’est le cas d’OpenRouter, startup créée début 2023 et spécialisée dans l’orientation des clients vers les modèles IA les mieux adaptés à leurs besoins et à leur budget, récemment rachetée par Stripe. Évaluée 1,3 milliard de dollars lors de sa levée de fonds de série B en mai, OpenRouter aurait été acquise pour plus de 7 milliards de dollars au début de ce mois.



