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Des enquêtes journalistiques révèlent l'agrandissement d'une installation russe secrète dans l'Oural, liée au système de commandement nucléaire « Périmètre », surnommé « Main Morte ».

Des enquêtes journalistiques britanniques et danoises ont révélé l'expansion et la modernisation d'une installation militaire russe hautement secrète à l'intérieur du mont Kosvinsky Kamen dans l'Oural, soupçonnée d'être liée au système de commandement et de contrôle nucléaire « Périmètre », connu en Occident sous le nom de « Main Morte », une étape qui remet sur le devant de la scène l'un des systèmes de dissuasion nucléaire les plus controversés depuis la Guerre froide.
Selon l'enquête conjointe menée par The Sunday Times, Dan Watch et Dossier Center, l'installation connue sous le nom d'« Installation 1335 » ou « Grot » a fait l'objet de travaux d'expansion et de modernisation importants, basés sur des millions de documents d'approvisionnement, de registres de construction, d'images satellites et de sources ouvertes.
L'installation se trouve dans une région montagneuse très isolée près du village de Kytlym, au pied du mont Kosvinsky Kamen, qui offre un emplacement naturel fortifié pour une infrastructure militaire enfouie dans les profondeurs de la terre.
Cela ne signifie pas nécessairement que le système fonctionne comme un « bouton nucléaire » indépendant lançant des missiles dès la détection d'une explosion nucléaire, une image courante associée à l'expression « Main Morte » dans la littérature occidentale.
Les estimations d'experts suggèrent que l'essence de « Périmètre » réside dans la fourniture d'un canal de commandement et de communication de secours capable de transmettre les ordres de riposte aux forces nucléaires en cas de frappe massive contre l'infrastructure de commandement.
Selon les enquêtes, l'Installation 1335 pourrait jouer un rôle dans ce système via des centres de communication et des canaux de commandement fortifiés, permettant la poursuite de la transmission des ordres aux unités de missiles stratégiques en cas de paralysie des réseaux de communication principaux.
Les documents indiquent l'achat de plus de 22 000 tonnes d'acier utilisé pour les travaux de renforcement, environ 56 000 tonnes de ciment, ainsi qu'environ 600 kilomètres de câbles, 182 unités de ventilation, en plus de transformateurs, de stations électriques, d'équipements lourds et d'autres installations liées à l'infrastructure de l'installation.
Ces chiffres reflètent l'ampleur des investissements nécessaires pour moderniser une installation militaire souterraine capable de fonctionner dans des conditions où l'infrastructure militaire traditionnelle subit des frappes de précision, des opérations de brouillage électronique ou des attaques visant les centres de commandement.
L'enquête relie ces travaux aux tentatives de renforcer la résilience du système de commandement nucléaire russe face à l'évolution majeure des moyens de renseignement, des cyberattaques et des armes à longue portée.
Le développement du système a commencé plusieurs décennies avant l'effondrement de l'Union soviétique, et ses composants sont entrés en service dans les années 1980, en tant que système de secours pour le commandement et le contrôle, et non comme une simple plateforme de lancement indépendante.
Des experts et les médias occidentaux ont baptisé le système « Main Morte » ou « Machine de l'Apocalypse », faisant référence à sa capacité supposée de maintenir la possibilité d'une riposte nucléaire même après une frappe destructrice contre la direction politique et militaire.
Cette appellation a suscité une controverse importante pendant des décennies concernant le degré d'automatisation du système, et sa capacité éventuelle à prendre une décision de lancement de manière autonome, ou s'il fonctionne principalement comme un réseau de communication et de commandement de secours.
Le chercheur déclare à Erm News que « Périmètre » n'est pas simplement un bouton qui lance automatiquement des missiles dès la détection d'une explosion nucléaire, mais un réseau de communications sécurisé conçu pour garantir l'acheminement des ordres de commandement aux forces de missiles stratégiques et aux sites reculés si les canaux de communication principaux avec la haute direction venaient à être coupés.
Il ajoute que les travaux de renforcement et la rénovation des systèmes d'énergie, de ventilation et de communication sont cohérents avec l'évolution des capacités de renseignement, des cyberattaques et des armes de haute précision, visant à empêcher la destruction de l'infrastructure de commandement nucléaire russe par une seule frappe.
Il souligne que le maintien de la capacité de commandement et de contrôle constitue un élément essentiel de la stratégie de dissuasion nucléaire, car posséder des missiles et des ogives nucléaires ne suffit pas si le système d'émission des ordres et de communication avec les troupes peut être paralysé.
En novembre 2024, le président russe Vladimir Poutine a signé un décret adoptant une version mise à jour des « Fondements de la politique d'État dans le domaine de la dissuasion nucléaire », remplaçant le document précédent publié en 2020, et définissant les risques et les conditions dans lesquels la Russie pourrait recourir à l'arme nucléaire.
Poutine a ensuite confirmé que les forces nucléaires stratégiques restent un élément clé pour garantir la sécurité de la Russie et préserver l'équilibre stratégique, soulignant la poursuite de leur modernisation et le développement de nouveaux systèmes de dissuasion.
Dans d'autres déclarations, le Kremlin a insisté sur le fait que les systèmes de commandement, de contrôle et de communication font partie des priorités du développement des forces armées russes, parallèlement à la modernisation des forces nucléaires stratégiques.
C'est pourquoi les installations fortifiées souterraines deviennent plus importantes dans la doctrine nucléaire, car elles offrent des alternatives aux centres de commandement traditionnels et permettent de maintenir le contact avec les troupes déployées dans des régions éloignées.
Les experts notent que la modernisation de cette infrastructure ne signifie pas nécessairement que Moscou se prépare à utiliser l'arme nucléaire, mais peut faire partie d'une stratégie plus large visant à maintenir la capacité de dissuasion et à empêcher tout adversaire de croire qu'une première frappe pourrait paralyser la capacité de réponse de la Russie.
Parallèlement, d'autres experts estiment que lier directement l'installation à la remise en service de la « Main Morte » nécessite une certaine prudence, surtout que les détails du système actuel restent secrets et qu'il n'existe pas d'informations officielles russes complètes sur la nature des mises à niveau apportées à l'installation ou sur le niveau d'automatisation du système « Périmètre ».
Dans ce sens, les milliers de tonnes de matériaux de construction, les kilomètres de câbles et les systèmes d'énergie et de ventilation installés dans les profondeurs du mont Kosvinsky Kamen ne représentent pas seulement des travaux d'ingénierie, mais font partie d'une bataille plus large pour la survie de la capacité de commandement nucléaire russe face à l'évolution des outils de guerre modernes.
La signification de l'Installation 1335 reste liée à la capacité de Moscou à garantir la continuité de la « chaîne de commandement » dans les pires scénarios, tandis que la question la plus sensible demeure celle de savoir dans quelle mesure « Périmètre » est passé d'un réseau de communication de secours à un réseau plus sophistiqué capable de fonctionner dans un environnement de guerre totale, dont les détails concrets restent entourés d'une grande confidentialité.



