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Il a bâti son influence dans l'ombre : qui est Peter Thiel, le « cerveau » technologique de Trump ?
Entre les milliardaires de la tech entourant Donald Trump, Peter Thiel reste discret. Investisseur clé et soutien de JD Vance, il façonne la politique américaine avec une influence silencieuse mais profonde.

Parmi les milliardaires de la technologie qui entourent le président américain Donald Trump, Peter Thiel reste plus discret et moins médiatisé qu'Elon Musk ou Mark Zuckerberg.
Thiel entretient une relation étroite avec le vice-président JD Vance et est connu pour ses positions opposées à l'élargissement des restrictions et réglementations gouvernementales, alors que son influence au sein du Parti républicain s'affirme à l'approche des élections de mi-mandat.
Dans une enquête publiée par la radio belge RTBF, dans le cadre d'une série documentaire intitulée « Trump et les géants de la technologie », se dessine le parcours d'un homme qui a bâti une vaste influence sans chercher à dominer le paysage médiatique.
Un investisseur doté d'un flair rare
Thiel est cofondateur de PayPal, l'un des premiers investisseurs de Facebook, et fondateur de Palantir, société d'analyse de données.
Ses investissements ont contribué à bâtir une fortune considérable, lui permettant d'intégrer la liste Forbes des 100 personnalités les plus riches du monde, où il occupe la 64e place en 2026, avec une fortune estimée à environ 30 milliards de dollars.
Mais l'influence de Thiel ne se limite pas au monde des affaires, car il entretient depuis plus d'une décennie une relation étroite avec JD Vance, une relation devenue collaboration professionnelle en 2015.
Lorsque Vance est entré dans l'arène politique, Thiel fut l'un de ses principaux soutiens, contribuant également à rapprocher les points de vue entre Vance et Trump à la veille des élections de mi-mandat de 2022.
Vance a bénéficié lors de sa campagne dans l'Ohio d'un soutien financier massif de la part de Thiel, atteignant 15 millions de dollars.
Avec l'ascension ultérieure de Vance au poste de vice-président, le nom de Thiel est réapparu comme l'un des principaux artisans de cette trajectoire politique.
Adrian Dobbs, professeur à l'université Stanford et expert de l'industrie technologique, déclare : « Il a utilisé la même approche que celle appliquée aux startups : un investissement diversifié, et Vance était un pari gagnant. »
Palantir... des contrats à dix milliards de dollars
La société Palantir, cofondée par Thiel, a obtenu un contrat avec l'armée américaine pouvant atteindre 10 milliards de dollars sur dix ans, dans le cadre de l'expansion de l'utilisation des logiciels de l'entreprise dans les domaines des données et de l'intelligence artificielle au sein de l'institution militaire.
La société travaille également avec plusieurs agences gouvernementales et sécuritaires américaines, dont l'agence de l'immigration et des douanes (ICE).
Adrian Dobbs critique l'activité de la société, estimant qu'elle contribue à élargir l'utilisation des systèmes de surveillance basés sur les données, et affirme : « Même si le logiciel n'emprisonne pas directement les innocents, son objectif réel est de soupçonner des personnes innocentes. »
Sur le plan intellectuel, Thiel a exprimé depuis des années sa vision libertarienne et son scepticisme concernant la compatibilité entre liberté et démocratie.
Dans un article publié en 2009, il écrivait qu'il « ne croyait plus que la liberté et la démocratie étaient compatibles », dans le contexte de l'exposition de ses idées sur le rôle de l'État, des marchés et des libertés individuelles.
Certaines de ces idées croisent celles de Curtis Yarvin, penseur de droite connu pour sa critique de la démocratie représentative et sa proposition de modèles de gouvernance gérant l'État à la manière d'une entreprise.
Les idées politiques de Thiel sont indissociables de sa vision religieuse ; il a abordé dans une série de conférences en 2025 le concept de l'« Antéchrist » et l'a lié à ses craintes quant à l'émergence d'une autorité mondiale centralisée susceptible d'utiliser les crises et les grandes menaces pour justifier l'élargissement de la censure et du contrôle sur la technologie et la société.
Dans ces conférences, Thiel a examiné les risques liés à l'avènement d'un « État mondial unique », reliant le débat à des questions telles que les guerres, la technologie et le changement climatique, dans le cadre de sa vision de l'utilisation de la peur des catastrophes pour justifier la concentration du pouvoir.
Premier soutien de Trump, premier à se retirer ?
Thiel a toujours évité l'engagement direct en politique. Mais en 2016, il voyait en Trump un homme capable de perturber les plans de l'« Antéchrist » selon ses dires, en explosant le modèle étatique réglementaire qui étouffe l'économie.
Il a fait publiquement don de plus d'un million de dollars à la campagne de Trump, étant l'un des rares magnats de la Silicon Valley à croire en Trump et la droite américaine à l'époque.
Treize ans plus tard, la situation s'est inversée. Alors qu'Elon Musk et toute l'industrie technologique américaine courtisent Trump candidat à nouveau, Thiel a refusé de lui accorder un don de dix millions de dollars, annonçant son éloignement de lui et de la politique, et critiquant vivement l'« inefficacité » du gouvernement entre 2016 et 2020.
Sortira-t-il de l'ombre à nouveau ?
Depuis lors, Thiel est devenu plus discret, se contentant d'amasser les fonds issus de ses contrats gouvernementaux à travers le monde.
Mais peut-il sortir de son isolement à nouveau ?
Pas pour soutenir Trump cette fois, mais pour appuyer son ami proche depuis plus d'une décennie, qui se voit comme un successeur potentiel du président : JD Vance.
Dans son évaluation, l'historien Quinn Slobodian déclare : « Vance est la personne idéale car il relie deux mondes ; d'une part, il est une création pure de Peter Thiel, et d'autre part, il appartient à une forme de conservatisme culturel d'extrême droite. »
Il ajoute : « À l'approche des élections de mi-mandat, dont les résultats sont attendus très serrés, le futur vice-président pourrait avoir réellement besoin d'un ami influent à ses côtés. »





