Liban
Rā‘ī : Aucun parti n'est plus fort que l'État, aucune confession plus grande que la patrie
Le patriarche maronite cardinal Bechara Boutros al-Raï a célébré la messe au siège patriarchal à Dimaq, appelant à une nation unie où l'intérêt général prime sur les intérêts particuliers.

Le patriarche maronite cardinal Bechara Boutros al-Raï a célébré la messe divine au siège patriarchal de Dimaq, assisté par l'évêque Joseph Naffah, vice-préfet des régions de Jubayl et Zgharta, l'évêque Elias Nassar, vice-préfet de Bkerki, le père Fadi Tabet, secrétaire général de la patriarchie maronite, le chanoine Camille Mkhail, secrétaire particulier, ainsi que de nombreux prêtres.
Après la lecture de l'Évangile, le patriarche al-Raï a déclaré dans son homélie : « La patriotisme n'est pas une émotion saisonnière, ni un discours politique, ni des slogans brandis lors des crises. L'amour du Liban est une responsabilité. Celui qui aime vraiment sa patrie œuvre à son salut. Le Liban a besoin aujourd'hui d'hommes et de femmes qui prouvent leur amour par leurs actes. Aimer la patrie signifie vouloir un pays entier pour tous ses enfants, sans part pour une confession ni domaine pour un groupe. Cela signifie placer l'intérêt général avant les intérêts particuliers, préserver les institutions et les biens publics, respecter les lois, rejeter la corruption, et ne pas faire de la confession une puissance supérieure au pays, ni du parti une force plus grande que l'État. »
Il a poursuivi : « Aimer le Liban, c'est assumer la responsabilité du Liban. Aimer la patrie, c'est « préserver ses institutions et ses biens publics, respecter ses lois, rejeter la corruption, ne pas faire de la confession une puissance supérieure au pays, ni du parti une force plus grande que l'État, ni ne placer l'intérêt particulier au-dessus de l'intérêt général ».
Le patriarche al-Raï s'est exprimé directement sur la question de l'exclusive du port d'armes par l'État, insistant sur le fait que « cette question ne doit pas se transformer en confrontation entre Libanais, ni en instrument pour exciter la rue ou provoquer une division confessionnelle ». Il l'a placée dans son cadre institutionnel, la considérant comme « liée à la création même de l'État et à l'unité de sa référence, à ce que tous les Libanais vivent sous une seule légitimité et une seule institution. L'État ne se construit pas selon la logique de la domination ni de la victoire sur un partenaire, mais par la réunion de tous les partenaires sous son toit. C'est pourquoi l'exclusive du port d'armes n'est pas une invitation à un conflit interne, mais une invitation à consolider le concept d'État qui serait seul le référent universel et le garant de tous ses enfants. »
Dans sa lecture de la réalité nationale, le patriarche a exprimé l'espoir que les négociations et les efforts sortent de la phase d'attente, aboutissent à la préservation des droits du Liban, mettent fin aux agressions, conduisent au retrait des forces étrangères de son territoire, et ramènent sécurité et stabilité. Ainsi, il a lié souveraineté et paix. La paix que le Liban souhaite n'est pas une concession sur ses droits, et la souveraineté n'est pas une appelle à la guerre ; ce qu'il faut, c'est que le Liban retrouve son droit à la sécurité, à la stabilité, et à exercer sa souveraineté sur son sol.
Le patriarche al-Raï a accordé une place fondamentale à l'armée libanaise, la qualifiant de « l'institution nationale universelle », porteuse de la charge de protection de la sécurité, de la stabilité et de la mise en œuvre de la légalité. C'est pourquoi il a appelé les pays à l'équiper convenablement, afin qu'elle mérite l'adhésion nationale autour d'elle, et demeure le bastion de la patrie et de ses institutions. Dans sa vision, l'armée n'est pas une institution réservée à une catégorie, une région ou une confession, mais un point de rassemblement des Libanais autour de la légalité. Renforcer l'armée, donc, c'est renforcer l'État lui-même et sa capacité à protéger tous ses enfants sans distinction.
Le patriarche a particulièrement parlé du sud, avec une dimension clairement humaine et nationale, refusant qu'il reste « terre d'attente et de douleur ». Ses habitants veulent retourner dans leurs villages et leurs maisons, la terre attend ses enfants, les zones endommagées attendent la reconstruction et le retour de la vie. Il a insisté sur le fait qu'une quelconque solution perdrait tout sens si l'homme ne se sentait pas en sécurité sur son sol, si le Liban ne retrouvait pas sa souveraineté sur tout son territoire. La souveraineté ici n'est pas un concept constitutionnel abstrait ; c'est le droit du citoyen de revenir chez lui, de vivre dans son village, de se sentir en sécurité, et de voir la vie revenir sur sa terre.
Le patriarche al-Raï a renouvelé son appel au neutralisme actif du Liban, qui le protège des conflits des pôles et préserve sa liberté décisionnelle, sans pour autant affaiblir son droit à défendre son territoire et sa souveraineté. Il a souligné que le Liban est appelé « à rester un pays de rencontre, non une zone de confrontation, un pont de dialogue, non un champ de bataille pour les autres. Cette vision de la neutralité ne signifie pas l'isolement face aux questions régionales ni la renonciation à la souveraineté, mais la libération de la décision libanaise de toute dépendance aux conflits extérieurs, afin que le Liban puisse accomplir sa mission historique comme espace de rencontre, de diversité et de dialogue. Le Liban peut sortir de l'impasse de ses crises lorsque son amour devient véritablement une action concrète dépassant les confessions, les partis et les intérêts particuliers. Le salut, tant sur le plan spirituel que national, commence quand le cœur change, quand le cœur change, la vision change, et quand la vision change, il devient possible de construire une nouvelle relation avec l'autre et avec la patrie. »
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