Monde
Une succession controversée en Iran : apparition avant l’enterrement selon une prétendue volonté de Khamenei
Une fuite révèle une volonté attribuée à Ali Khamenei préconisant l’annonce du nouveau guide avant ses funérailles, un scénario compliqué par la disparition de son fils Mojtaba.

De récentes révélations issues du courant conservateur iranien, relayées par le religieux rigoriste Mohammad Mehdi Mirbagheri, ont mis au jour une prétendue volonté d’Ali Khamenei, ancien guide suprême de la République islamique.
Cette fuite, publiée par la plateforme "Nabd Zagros" et attribuée à Mirbagheri, ne précise pas le nom du successeur, mais détaille une consigne supposée de Khamenei concernant l’organisation des instants suivant son décès, visant à reproduire un des épisodes les plus sensibles de l’histoire de la République islamique.
Selon ce document, Khamenei aurait recommandé que l’annonce du nouveau guide précède sa propre cérémonie funéraire, afin d’apparaître devant les Iraniens et la communauté internationale comme le nouveau chef de la République islamique. Cette démarche rappelle celle adoptée après la mort de Rouhollah Khomeini en 1989, lorsque Khamenei fut désigné avant l’enterrement, dans le but d’assurer la continuité du régime et d’écarter toute impression de vide au sommet du pouvoir.
Un nouveau verrou
Cependant, ce scénario s’est heurté à un nouvel obstacle, selon la version diffusée. Le mystère entourant le sort de Mojtaba Khamenei, disparu des regards publics depuis que la résidence du guide a été ciblée lors de frappes israéliennes, ainsi que les rumeurs de sa mort relayées par des plateformes opposantes, menacent de perturber l’image que Khamenei souhaitait laisser comme dernier message politique.
La volonté, d’après la fuite, ne visait pas la simple présence de Mojtaba aux funérailles, mais son apparition publique en tant que nouveau guide avant l’enterrement, afin de confirmer le transfert du pouvoir, comme cela avait eu lieu après la mort de Khomeini. L’absence de cette manifestation invaliderait le message fondamental de la volonté.
Une lecture associée à cette fuite suggère que les services de sécurité pourraient avancer une version selon laquelle Mojtaba aurait assisté à la cérémonie sous une identité dissimulée pour des raisons de sécurité. Néanmoins, cette hypothèse ne modifierait pas la nature du problème, car il s’agit de son apparition publique en qualité de guide, et non de sa présence discrète parmi les participants.
Les auteurs de la fuite évoquent ainsi un "dilemme légitime et moral". La volonté, conçue comme une garantie de la pérennité du régime, pourrait, en cas d’impossibilité d’exécution conforme aux souhaits de Khamenei ou de modification sous la pression des événements, devenir le point de départ d’une crise au sein de la maison du guide, au lieu d’incarner la stabilité de la phase suivante.
Selon eux, le régime fait face à deux choix difficiles : soit accepter une nouvelle réalité qui confierait un rôle central à Mohammad Mehdi Mirbagheri dans l’après-Khamenei, soit créer une mise en scène alternative pour compenser l’absence de Mojtaba, ce qui risquerait d’ouvrir la voie à une crise interne profonde menaçant la cohésion du système.
Un choc politique
Cette situation rejoint l’analyse du journaliste iranien Hossein Rezaq, qui considère que la République islamique est entrée dans une phase de "traitement par choc politique".
Il estime que le défi dépasse désormais les questions externes pour se concentrer sur la réorganisation des centres de pouvoir à l’intérieur du régime, en préparation de la période post-Khamenei.
Rezaq souligne que la République islamique a l’habitude, lors de ses grandes transitions, de remodeler sa structure interne en écartant certains pôles d’influence et en créant de nouveaux équilibres.
Si le "choc économique" a fait peser le coût des réformes sur la société, le "choc politique", selon lui, reporte cette charge à l’intérieur même du régime, où ses différentes factions rivalisent pour redéfinir leurs prérogatives et rôles.
Il précise que "tout changement majeur, qu’il concerne la relation avec les États-Unis ou la configuration du pouvoir en Iran, nécessite des figures capables d’assumer son coût politique tout en préservant l’image d’unité du régime".
Dans ce cadre, l’émergence de personnalités issues de l’appareil traditionnel, comme Mohammad Bagher Ghalibaf, est interprétée comme la montée de leaders aptes à gérer des transitions délicates sans compromettre les fondations de la République islamique.
Selon Rezaq, "si la fuite de la volonté est analysée à la lumière de ces éléments, la question dépasse le nom du futur guide pour concerner la manière dont sera gérée la transition du pouvoir. Le succès de ce scénario signifierait la reproduction de l’image qui avait accompagné le transfert de leadership en 1989, tandis qu’un échec ouvrirait une phase plus complexe au sein de la maison du guide, alors que les interrogations sur les centres de décision qui dirigeront le régime après Khamenei se multiplient".
Dans ce contexte, la volonté, conçue pour affirmer la continuité du régime, se trouve confrontée à une épreuve radicalement différente. Le flou entourant le destin de Mojtaba Khamenei et les fuites contradictoires qui ont suivi ont transformé, selon la version diffusée, ce dernier message d’Ali Khamenei en un point d’ancrage d’un conflit à venir, où l’avenir de la maison du guide se mêle à la redéfinition des équilibres au sein de la République islamique.
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