Santé
Apport calcique insuffisant chez les femmes ménopausées
Une étude italienne révèle que les patientes à risque d'ostéoporose, notamment celles sous hormonothérapie pour un cancer du sein, consomment moins de calcium que les recommandations nationales.

Les femmes jeunes ménopausées évaluées pour une fragilité osseuse et celles présentant un risque élevé d'ostéoporose ou de fractures de fragilité semblent consommer moins de calcium que les seuils recommandés en Italie. Une recherche récente publiée dans la revue Nutrients indique que l'apport moyen reste également inférieur aux normes chez les patientes recevant une hormonothérapie adjuvante (AET) pour un cancer du sein. Ces résultats soulignent la nécessité d'un accompagnement nutritionnel renforcé pour améliorer l'ingestion de calcium chez les femmes à risque ou vivant avec cette pathologie.
Méthodologie et cadre de l'étude
L'importance des aliments riches en calcium pour la santé osseuse est reconnue, bien que de nombreux individus n'en consomment pas suffisamment. Les produits laitiers constituent la principale source alimentaire, suivis par les légumes, les fruits de mer, les fruits séchés, les céréales, les laits végétaux et certaines eaux minérales. Selon la Société italienne pour l'ostéoporose, le métabolisme minéral et les maladies squelettiques (SIOMMMS), les femmes ménopausées sous traitement hormonal substitutif et les hommes âgés de 50 à 65 ans devraient ingérer 1 000 mg/jour. La recommandation s'élève à 1 200 mg/jour pour les femmes ménopausées sans ce traitement et les hommes de plus de 65 ans.
Les chercheurs ont évalué la consommation de calcium auprès de patients adressés pour une analyse du métabolisme osseux et du risque fracturaire. L'accent était mis sur les patientes atteintes d'un cancer du sein (BC) sous AET, sujettes à l'ostéoporose secondaire. Les données ont été collectées entre janvier 2020 et décembre 2021 auprès de 122 femmes et 10 hommes suivis au service d'endocrinologie de l'Azienda Ospedaliero-Universitaria delle Marche, en Italie. Un questionnaire de fréquence alimentaire (FFQ), basé sur le calculateur de calcium de la Fondation internationale pour l'ostéoporose (IOF) et validé par la SIOMMMS, a permis d'évaluer les apports sur sept jours.
Résultats cliniques et déficits observés
L'équipe a également enregistré les comorbidités, les antécédents de fractures de fragilité, l'étiologie de l'ostéoporose ainsi que les paramètres densitométriques et biochimiques. Des mesures sanguines liées au métabolisme du calcium et de l'os ont été recueillies, incluant le calcium sérique, le phosphore, l'hormone parathyroïdienne (PTH), le 25-OH-cholécalciférol (25(OH)D), la phosphatase alcaline osseuse (bALP) et le télopeptide C-terminal du collagène de type 1 (CTX). La variabilité de la consommation a été analysée selon le sexe, l'âge, les traitements pharmacologiques, la densité minérale osseuse (DMO) et le score trabéculaire osseux (TBS).
La DMO au niveau de la colonne lombaire et du fémur proximal a été déterminée par absorptiométrie biphotonique aux rayons X (DXA). Les fractures vertébrales ont été identifiées via la morphométrie vertébrale quantitative issue de la DXA ou de la radiographie thoraco-lombaire morphométrique, tandis que les fractures non vertébrales ont été détectées par anamnèse. Une fracture de fragilité est définie comme survenant sans traumatisme suffisamment grave pour l'expliquer. Les fractures ostéoporotiques mineures, épargnant les vertèbres, le fémur, l'avant-bras ou l'humérus proximal, concernent la clavicule, les côtes, le tibia, le péroné et le bassin.
Les femmes représentaient 92 % des participants, toutes ménopausées ou en suppression ovarienne due à l'AET, avec un âge moyen de 65 ans. Plus de 43 % souffraient d'ostéoporose sévère avec au moins une fracture de fragilité, et près de 41 % présentaient un risque accru de développer la maladie. Environ 65 % des patients évalués pour une ostéoporose secondaire recevaient une AET pour un cancer du sein. En moyenne, les participants consommaient 959 mg de calcium par jour.
Impact spécifique de l'hormonothérapie
Chez les femmes jeunes atteintes d'ostéoporose postménopausique, l'apport quotidien moyen chutait à 848 mg. Pour celles ayant une DMO normale, il était de 631 mg/jour. Les participantes sans fracture de fragilité consommaient 906 mg quotidiennement, contre 900 mg pour celles évaluées pour une ostéoporose secondaire. Les différences liées à la DMO normale, au statut fracturaire et à l'ostéoporose secondaire n'atteignaient pas la significativité statistique et doivent être considérées comme des tendances plutôt que des écarts établis entre les groupes.
Un déficit notable apparaît chez les patientes sous AET, avec un apport moyen de 854 mg/jour, également inférieur aux niveaux recommandés. Sur les 35 femmes de ce sous-groupe, 27 (soit 77,1 %) consommaient moins de calcium que la norme. Cette carence est critique car certains médicaments de l'AET réduisent la production d'œstrogènes, tandis que d'autres modulent la signalisation des récepteurs œstrogéniques (ER). Les œstrogènes soutiennent la formation osseuse via l'activité des ostéoblastes et limitent la résorption osseuse par les ostéoclastes.
L'étude n'a pas examiné les raisons précises de ce faible apport chez les femmes sous AET. Les auteurs suggèrent que des préoccupations concernant la consommation de produits laitiers pourraient y contribuer, mais présentent cette explication comme une hypothèse et non comme un résultat de l'étude. Bien que l'AET puisse améliorer la survie, elle est associée à un risque accru d'ostéoporose et de fractures. Le cancer du sein représentant une part substantielle de la mortalité liée au cancer chez les femmes dans le monde, et les cancers ER-positifs étant souvent traités par AET, ces constatations revêtent une importance particulière.
Limites et perspectives de prise en charge
Plusieurs limites restreignent l'interprétation générale des résultats. L'étude était transversale, menée dans un seul centre, avec de petits effectifs par sous-groupe et sans analyse multivariée. Les associations rapportées doivent donc être considérées comme génératrices d'hypothèses. Les chercheurs n'ont pas pu calculer l'apport total en calcium faute de données sur les doses de suppléments. De plus, les informations sur les doses de vitamine D, la durée de l'AET, le temps écoulé depuis le diagnostic, le stade du cancer, la récurrence et l'exposition aux glucocorticoïdes étaient incomplètes ou indisponibles.
Un conseil nutritionnel accru et une sensibilisation pourraient aider les patients à risque d'ostéoporose à atteindre les exigences calciques recommandées. Les auteurs préconisent une évaluation et un accompagnement nutritionnels individualisés pour permettre aux patients de couvrir leurs besoins via des sources alimentaires adaptées, incluant des produits laitiers sélectionnés, pauvres en graisses et fermentés, ainsi que des sources alternatives de calcium si nécessaire. Ces conclusions nécessitent une confirmation dans des études prospectives multicentriques portant sur des populations plus larges, tenant compte de la supplémentation en vitamine D, du stade du cancer, du statut de récurrence et de l'exposition aux glucocorticoïdes. Des recherches supplémentaires devront aussi explorer les causes des variations d'apport calcique entre les différents groupes de patients.
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