Santé
Une étude européenne révèle que les patients sous agonistes du récepteur GLP-1 signalent plus fréquemment des problèmes capillaires et ungulaire, notamment le décollement des ongles.

Les médicaments à base de semaglutide et de tirzépatide pourraient provoquer des effets indésirables inattendus touchant non seulement les cheveux, mais aussi les ongles. Une recherche présentée cette semaine suggère une corrélation significative entre la prise de ces traitements et l'apparition de troubles unguiculaires et capillaires par rapport aux non-utilisateurs.
Bien que ces symptômes ne soient pas nécessairement graves, les scientifiques insistent sur la nécessité d'une vigilance accrue de la part des patients et des médecins. Charles Taïeb, dermatologue clinique au CHU Necker à Paris et auteur principal de l'étude, a précisé à Gizmodo que la réaction appropriée consiste à signaler ces symptômes sans interrompre un traitement efficace de son propre chef.
Plusieurs travaux antérieurs ont déjà mis en évidence un lien entre l'utilisation des GLP-1 et la perte de cheveux, ou alopécie. La Food and Drug Administration (FDA) exige désormais que cette complication figure sur les étiquettes des produits comme l'Ozempic et le Zepbound, suite à l'analyse des données post-commercialisation. Si des modifications des ongles avaient été rapportées de manière anecdotique, elles n'avaient jamais fait l'objet d'une étude formelle jusqu'à présent.
Le consortium SCOP-GLP1, composé de chercheurs français et italiens, a mené deux études comparatives pour explorer ces phénomènes. Ce projet est financé par Pierre Fabre, groupe spécialisé dans la dermo-cosmétique qui commercialise également des produits contre la chute des cheveux via ses marques Ducray et René Furterer, ce qui implique un intérêt commercial dans cette ligne de recherche.
Les investigations ont porté sur 575 personnes traitées par GLP-1 pour un diabète de type 2 ou une obésité, comparées à 1 379 témoins souffrant des mêmes pathologies mais n'ayant pas débuté cette thérapie. Les participants provenaient d'échantillons représentatifs de France, des États-Unis, du Brésil et du Mexique, avec une durée moyenne de traitement de 18,5 mois suivie sur trois mois.
Comme observé précédemment, les utilisateurs de GLP-1 perdaient davantage de poids et signalaient plus souvent des problèmes capillaires. Environ la moitié d'entre eux ont déclaré une « perte de cheveux inhabituelle » contre un tiers des témoins, tandis que l'irritation du cuir chevelu était également plus fréquente. Fait notable, la probabilité de troubles cutanés ne corrélait pas avec la quantité de poids perdue, indiquant que la perte de cheveux n'est pas uniquement imputable à l'amaigrissement lui-même.
Concernant les ongles, 66 % des utilisateurs de GLP-1 ont rapporté des problèmes généraux contre 53 % des non-utilisateurs. L'écart s'avère bien plus marqué pour le décollement des ongles, affectant environ 39 % des patients sous traitement contre 9 % des témoins. De plus, 46 % des utilisateurs ont constaté une décoloration des ongles, une proportion atteignant seulement 17 % chez les personnes ne prenant pas ces médicaments.
Ces résultats ont été exposés lors du congrès annuel de l'Académie européenne de dermatologie et de vénérologie. Ils restent toutefois soumis à des limites importantes, car ils n'ont pas encore passé le processus de révision par les pairs. Les auteurs soulignent que leurs observations décrivent des associations statistiques plutôt que des liens de causalité directs.
Charles Taïeb a rappelé que les études étaient transversales et basées sur des symptômes auto-déclarés, sans examen dermatologique objectif. Pour confirmer ces hypothèses, l'équipe prévoit de lancer une nouvelle investigation prospective. Celle-ci suivra activement des patients dès le début de leur thérapie par GLP-1 afin de surveiller objectivement l'évolution de la santé de leur peau et de leurs cheveux dans le temps.



