Daily Beirut

Tech & Sciences

Le variant APOE4 aggrave la dégradation vasculaire cérébrale

Des chercheurs de Mount Sinai ont démontré que le facteur de risque génétique APOE4 endommage les vaisseaux sanguins du cerveau via deux mécanismes distincts, ouvrant la voie à des thérapies ciblées.

··2 min de lecture
Le variant APOE4 aggrave la dégradation vasculaire cérébrale
Partager

Une équipe scientifique affiliée au centre médical Mount Sinai a élucidé les processus par lesquels le variant génétique APOE4, reconnu comme le principal facteur de risque héréditaire de la maladie d'Alzheimer, provoque une détérioration de la vascularisation cérébrale et favorise l'accumulation de protéines toxiques. Ces travaux apportent un éclairage nouveau sur la physiopathologie de cette affection neurodégénérative.

Bien que la dégénérescence progressive des facultés cognitives et mnésiques soit caractéristique de l'Alzheimer, le rôle précis des anomalies vasculaires restait mal compris. Longtemps considérées comme une conséquence tardive du processus morbide, ces atteintes des vaisseaux sanguins, particulièrement marquées chez les porteurs du gène APOE4, sont désormais perçues comme des acteurs actifs de la progression de la maladie.

Transformation cellulaire et fibrose vasculaire

Les résultats de deux études publiées dans les revues spécialisées Cell et Cell Stem Cell décrivent des mécanismes pathologiques potentiellement réversibles par traitement. Les scientifiques ont également mis au point une plateforme innovante de tissus cérébraux humains issus de cellules souches, destinée à accélérer la recherche thérapeutique.

Dans la première publication, parue dans Cell, les auteurs ont établi un atlas transcriptionnel monocellulaire détaillant l'activité génétique des structures vasculaires et de leurs cellules de soutien. Il apparaît que le variant APOE4 induit une transformation des péricytes, cellules responsables de la stabilisation des capillaires et de l'intégrité de la barrière hémato-encéphalique, en phénotypes similaires aux myofibroblastes impliqués dans la formation de cicatrices.

Cette mutation cellulaire intensifie la fibrose des parois vasculaires ainsi que le dépôt amyloïde péri-vasculaire, compromettant probablement la perfusion sanguine et aggravant la neurodégénérescence. Crucialement, l'inhibition des signaux TGF-β, une voie de communication cellulaire essentielle au remodelage tissulaire, a permis de restaurer la couverture péricytaire et de réduire la fibrose et les amas d'amyloïde. Ces effets bénéfiques ont été confirmés in vivo chez des souris âgées porteuses du génotype APOE4.

Joyel Blanchard, co-auteur de l'étude, souligne que les dommages vasculaires ne constituent pas une simple séquelle finale de l'Alzheimer, mais un processus biologique actif déclenché par APOE4 et susceptible d'être inversé. Cette découverte révèle de nouvelles cibles pharmacologiques prometteuses pour freiner la progression de la maladie.

Rôle du cholestérol dans l'élimination des déchets neuronaux

La seconde étude, publiée dans Cell Stem Cell, se concentre sur l'impact métabolique du variant génétique. En utilisant miBrains, des organoïdes cérébraux humains tridimensionnels générés à partir de cellules souches pluripotentes induites et contenant les principaux types cellulaires du cerveau, les chercheurs ont observé une accumulation anormale de cholestérol dans les astrocytes sous l'influence d'APOE4.

Cet excès lipidique perturbe le système lysosomal, l'organite cellulaire dédié à la dégradation des déchets intracellulaires. La capacité des astrocytes à éliminer l'alpha-synucléine, une protéine naturellement présente dont l'agrégation est néfaste, s'en trouve nettement réduite, contribuant ainsi à la toxicité neuronale observée dans la pathologie.

Ajoutez Daily Beirut à votre fil Google News pour recevoir l'info en priorité.
Partager