Liban
Mohamed Haider annonce des avancées majeures sur le nouveau projet de loi du travail
Le ministre du Travail Mohamed Haider dément les rumeurs de retrait des ministres du duo et détaille les progrès du projet de loi du travail en cours.

Mohamed Haider, ministre du Travail, a démenti catégoriquement les rumeurs selon lesquelles les ministres du duo politique envisageraient de quitter le gouvernement, affirmant que cette hypothèse n’est pas à l’ordre du jour. Il a souligné que chaque débat au sein du Conseil des ministres, qu’il soit majeur ou mineur, est souvent suivi de spéculations médiatiques sur un possible retrait, mais que les ministres continuent à exercer leurs fonctions conformément aux règles établies, en communiquant au public uniquement ce qui doit l’être, tandis que certains échanges restent internes au gouvernement.
Le ministre a également indiqué que des contacts et efforts politiques sont en cours pour sortir de l’impasse actuelle, et que les résultats seront annoncés une fois qu’ils seront consolidés, exprimant son espoir que la prochaine phase apportera des nouvelles positives.
Concernant son passage du domaine de la médecine nucléaire au ministère du Travail, Haider a expliqué lors de l’émission « Dialogues du Serail » sur Télé Liban avec Nida Saliba qu’il n’existe pas de lien direct entre ces deux secteurs. La médecine nucléaire se concentre sur le diagnostic et le traitement des maladies, tandis que le ministère du Travail gère divers aspects de la vie quotidienne des citoyens. Il a avoué avoir été surpris par l’ampleur des dossiers relevant de ses compétences, qui dépassent la régulation de la main-d’œuvre étrangère ou la création d’emplois pour englober plusieurs domaines de la vie sociale.
Il a rappelé que la législation actuelle du travail est devenue très obsolète et que l’ensemble des acteurs s’accorde sur la nécessité de la moderniser. Le ministère s’attelle à cette tâche, notamment depuis l’élargissement de ses responsabilités ces dernières années pour inclure la régulation de plusieurs secteurs et dossiers.
Haider a confirmé qu’il exerce toujours sa profession de médecin quotidiennement à l’hôpital, où il suit des patients atteints de cancer et supervise les examens médicaux. Il a précisé que le Liban figure parmi les pays avancés en médecine nucléaire, discipline introduite dans les années 1970, et qu’il fut l’un des premiers pays arabes à adopter la technologie du PET Scan.
Il a décrit la médecine nucléaire comme une spécialité médicale utilisant des substances radioactives à doses précises et sûres pour diagnostiquer et traiter diverses pathologies, notamment les maladies cardiaques, thyroïdiennes, osseuses, ainsi que certains cancers et affections cérébrales. Il a annoncé l’introduction prochaine d’une nouvelle technologie pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer, qui sera présentée lors d’un congrès de l’université américaine spécialisée, suite à l’obtention d’une autorisation pour développer et distribuer ce médicament au Moyen-Orient et en Afrique du Nord en partenariat avec une entreprise américaine. Par ailleurs, un nouveau médicament pour le diagnostic des maladies cardiaques, en particulier les troubles de la circulation sanguine sans obstruction évidente des artères, est en cours d’introduction.
Le ministre a précisé que l’usage thérapeutique de la médecine nucléaire a débuté il y a plusieurs années avec le cancer de la thyroïde, puis s’est étendu à d’autres cancers, notamment le cancer de la prostate avancé. Le Liban a été l’un des premiers pays de la région à adopter ce traitement dès 2015, alors qu’il n’a été officiellement approuvé aux États-Unis qu’en 2022, et que des travaux se poursuivent pour intégrer de nouvelles thérapies.
À propos de la conciliation entre ses fonctions ministérielles et son activité médicale, Haider a évoqué le soutien de sa famille face à ses absences fréquentes et son emploi du temps chargé. Il a trois enfants : deux filles, dont l’aînée étudie la psychologie dans un cursus préparatoire aux études médicales à l’Université américaine de Beyrouth, la seconde s’apprête à débuter des études d’ingénierie à la même université, et un fils de onze ans encore scolarisé.
Sur le projet de loi du travail, le ministre a annoncé que le ministère a atteint des étapes très avancées dans la préparation d’un nouveau texte. Il a salué le travail de l’équipe ministérielle qui, en collaboration avec les partenaires sociaux, l’Organisation internationale du travail et les parties concernées, a élaboré une première version du projet traitant principalement des droits des travailleurs, de la régulation des entreprises et de la main-d’œuvre étrangère.
Ce projet comprend des modifications substantielles, intégrant des ajustements supplémentaires basés sur les observations de l’Organisation internationale du travail, bien que certaines dispositions n’aient pu être modifiées en raison de lois en vigueur. Haider a insisté sur le fait que ce texte modernise la législation du travail en vigueur, introduit le concept de travail flexible tout en protégeant les droits des salariés, renforce la protection sociale, et organise le système de retraite ainsi que les indemnités de fin de service. Il estime que ce projet marquera une avancée significative dans la régulation du marché du travail.
Concernant les syndicats, il a révélé qu’environ deux mois après sa prise de fonction, une décision a été prise demandant à toutes les organisations syndicales de régulariser leur situation, de prouver leur activité effective et de tenir des élections dans un délai de trois mois. Un grand nombre de syndicats ont respecté cette consigne, tandis que d’autres, notamment avec le déclenchement de la guerre, ne l’ont pas fait. Le ministère prévoit, une fois la situation stabilisée, de prendre des mesures contre les syndicats inactifs, qui seront alors considérés comme inexistants. Le nouveau code du travail réglera également la création et le fonctionnement des syndicats.
Sur le salaire minimum, Haider a indiqué que le ministère a réorganisé le travail de la commission d’indice, en instaurant des réunions bimestrielles pour étudier le salaire minimum, les prestations sociales, les allocations scolaires et la situation du marché du travail. La hausse du salaire minimum à 28 millions de livres libanaises s’est accompagnée d’un engagement à réexaminer le dossier en fin d’année, mais la guerre a interrompu ce processus en raison du ralentissement économique et de la fermeture de nombreuses entreprises. La priorité est désormais de préserver les emplois et d’assurer un salaire de base aux travailleurs, plutôt que d’augmenter le salaire minimum. La coopération entre l’Union générale des travailleurs, les employeurs et le ministère a contribué à limiter la perte d’emplois. La révision du salaire minimum et des prestations sociales figurera en tête des priorités dès que la situation sécuritaire et économique s’améliorera.
Concernant l’allocation scolaire, le ministre a annoncé son approbation la semaine précédente, avec une publication prochaine du décret au Journal officiel afin de lancer les paiements. Cette allocation sera désormais versée chaque décembre, au lieu de la fin de l’année scolaire, pour permettre aux familles d’en bénéficier au moment opportun. Son montant s’élève à environ 36 millions de livres par enfant, dans une limite fixée, apportant une aide aux familles sans couvrir l’ensemble des charges. Un accord a été conclu avec l’Union générale des travailleurs et les employeurs pour revoir cette somme en décembre prochain, en fonction des conditions économiques et des capacités de financement.
Haider a insisté sur le fait que toute augmentation du salaire minimum ou des aides doit d’abord tenir compte de la capacité des secteurs économiques à supporter ces charges. Il a salué la résilience des travailleurs libanais qui ont maintenu leur activité pendant et après la guerre, contribuant ainsi à faire tourner l’économie et constituant un pilier de la stabilité du pays durant cette période.
Le ministre a confirmé que le ministère travaille à la réactivation de la commission nationale de lutte contre le travail des enfants, créée en 2017. À sa prise de fonction, il a constaté que cette commission ne se réunissait plus, ce qui a conduit à l’organisation de réunions mensuelles en coordination avec l’Organisation internationale du travail et les parties concernées. La protection des enfants et la garantie de leur protection sociale relèvent du ministère des Affaires sociales, mais ce dossier repose sur une collaboration entre les deux ministères. La commission regroupe des représentants des ministères des Affaires sociales, de l’Éducation, des forces de sécurité, ainsi que plusieurs associations non gouvernementales.
Il a expliqué que la guerre a interrompu les réunions de la commission, alors que le ministère avait demandé à l’Organisation internationale du travail d’actualiser les données disponibles, datant d’avant 2022. Le conflit a engendré un nouveau contexte marqué par le déplacement massif d’enfants, où la priorité est de préserver leur vie, malgré l’absence de contrôles dans des conditions difficiles. De plus, les locaux du ministère situés dans la zone de Chiyah–Aïn el-Rummaneh ont été endommagés par les bombardements des bâtiments voisins, ce qui a contraint le ministère à déménager pour poursuivre ses activités. Haider a assuré que dès le retour au siège principal, les réunions seront intensifiées pour actualiser les données et renforcer les mécanismes de lutte contre le travail des enfants.
Sur le dossier de la Caisse nationale de sécurité sociale, le ministre a salué les efforts de la direction de la sécurité sociale et de la commission technique. Il a rappelé qu’il y a environ un an et deux mois, certains estimaient que la sécurité sociale était en faillite et ne pourrait pas se redresser, suggérant un recours au secteur privé, mais que le ministère a maintenu que la sécurité sociale constitue la protection fondamentale du travailleur.
Il a précisé que la sécurité sociale a rétabli, en moins d’un an, la couverture des soins médicaux et des médicaments selon un nouveau système plus équitable. Auparavant, les assurés récupéraient 80 % du prix de tout médicament acheté, ce qui favorisait les traitements coûteux pour ceux qui pouvaient se les permettre. Le nouveau système se base sur un prix moyen de référence, la sécurité sociale couvrant 80 % de ce prix, tandis que l’assuré paie la différence s’il choisit un médicament plus cher.
Cette réforme concerne également les analyses de laboratoire et les examens radiologiques, avec une augmentation de la prise en charge des stents cardiaques, passant d’environ 5 % à entre 80 et 90 %. De nouveaux actes médicaux, auparavant non couverts, ont été intégrés, tels que le traitement des anévrismes par radiologie interventionnelle, les interventions endoscopiques modernes, et la greffe de moelle osseuse, dont la sécurité sociale finance actuellement environ 50 à 55 % des coûts approuvés.
Haider a confirmé que les neuf hôpitaux respectent les nouveaux tarifs, malgré quelques divergences sur certains prix, suivies par une commission dédiée. Il a invité les assurés à signaler tout manquement auprès du médecin contrôleur de la sécurité sociale ou à déposer une plainte auprès des services compétents, précisant que le directeur général de la sécurité sociale prend les mesures nécessaires contre les contrevenants. Il a ajouté que les assurés ne paient actuellement qu’environ 10 % de la différence de coût dans la majorité des cas, à l’exception de certains implants médicaux spécifiques dont le prix peut être légèrement supérieur.
En ce qui concerne les allocations familiales et les bourses scolaires, le ministre a indiqué que leur montant a été augmenté afin de couvrir une part importante des besoins des citoyens, en plus de l’approbation des bourses scolaires. Sur les indemnités de fin de service, il a rappelé qu’il s’agit d’un droit sacré dont la valeur s’est érodée comme les pensions. Les discussions avaient atteint un stade avancé avant la guerre avec les employeurs, l’Union générale des travailleurs et les ministères concernés. Il a dévoilé un plan pour étudier un paiement échelonné de ces indemnités, compte tenu de l’ampleur des montants requis, soulignant que le problème est autant social que technique, car beaucoup ont perdu leurs indemnités dans les banques ou leur valeur s’est évaporée. Il a assuré que des solutions seront bientôt annoncées dès que la situation se stabilisera.
Sur la question des retraites, Haider a précisé que l’objectif principal est l’application de la loi sur la retraite et la protection sociale adoptée en 2024. Le ministère est proche de finaliser la nomination d’un nouveau conseil d’administration de la sécurité sociale, réduit à dix membres au lieu de vingt-six, en vue de l’adoption des décrets d’application. Cette loi transformera l’indemnité de fin de service en une pension de retraite à vie, obligatoire pour les moins de 49 ans et optionnelle pour les plus âgés, assurant ainsi un revenu stable et une couverture santé continue après 64 ans. Il prévoit que la transition du système actuel vers le nouveau s’effectuera sur une période de 10 à 12 mois.
Concernant l’allongement de l’âge de la retraite, il a précisé que la proposition vise à le porter de 64 à 66 ans, et non à 67 ou 68 ans comme certains le prétendent, afin de bénéficier de l’expérience des travailleurs. Ce projet a reçu un consensus initial des organisations économiques et de l’Union générale des travailleurs, mais son examen a été temporairement suspendu en raison des circonstances de guerre, pour être repris ultérieurement.
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