Culture & société
Des recherches présentées lors de la conférence 2026 de la Society for the Scientific Study of Psychopathy montrent que les personnes présentant des traits psychopathiques reconnaissent moralement les transgressions, sans éprouver de remords ni d’émotions morales.

Le psychopathe ne souffre pas d’un déficit cognitif en matière de morale : il distingue clairement le bien du mal, mais reste totalement insensible aux conséquences éthiques de ses actes. Selon le professeur Robert D. Hare, pionnier dans l’étude de la psychopathie, « certaines théories psychanalytiques dépeignent le psychopathe comme un individu dont le comportement antisocial est égo-syntonique — c’est-à-dire intégré à sa personnalité et non accompagné d’une appréhension morale, d’anxiété ou de culpabilité — et donc non troublant pour lui-même ».
Lors de la sixième réunion bisannuelle de la Society for the Scientific Study of Psychopathy (SSSP), en 2015, la psychologue Lucy Foulkes, aujourd’hui affiliée à l’Université d’Oxford, a présenté des résultats révélant un comportement social atypique chez les personnes dotées de traits psychopathiques marqués. Ces données mettent en lumière un mépris fondamental des droits et des émotions d’autrui. Elle a notamment souligné que « les individus présentant des niveaux élevés de traits psychopathiques sont plus susceptibles de trouver du plaisir dans la cruauté et de ne pas apprécier la bienveillance ».
À la conférence SSSP de 2026 à Dallas, au Texas, le professeur Craig Neumann, titulaire de la chaire Regents à l’Université du Nord du Texas, a exposé des conclusions tirées d’évaluations menées auprès d’adolescents et d’adultes impliqués dans le système judiciaire. Ces sujets ont été testés sur leur capacité à identifier les fondements moraux liés au préjudice et à l’équité. Des imageries cérébrales réalisées pendant qu’ils observaient des scénarios de transgressions morales ont corroboré ces résultats. Le professeur Neumann en déduit que « le psychopathe connaît, tant sur le plan psychologique que neurobiologique, les principes moraux, mais n’en tient aucun compte ». Il précise : « La personne présentant des traits psychopathiques est capable de reconnaître une transgression morale — c’est-à-dire de distinguer le juste de l’injuste —, mais elle ne rapporte aucune émotion morale et, pire encore, éprouve un remords absolument nul face à ces transgressions, par exemple nuire à autrui. Cela rend le psychopathe particulièrement dangereux : il perçoit pleinement le potentiel de dommage qu’il peut causer, mais ne dispose d’aucun frein moral pour l’empêcher d’agir. »
Une personne ayant vécu avec une mère et une sœur manifestant des niveaux élevés de traits psychopathiques confirme cette dissociation entre connaissance morale et engagement éthique. Elle rapporte des conversations téléphoniques où sa mère dispensait, avec empathie et précision, des conseils relationnels à des proches en difficulté. Ces recommandations, empreintes de compréhension et visant une résolution pacifique, contrastaient radicalement avec son comportement domestique : instabilité, mensonges, conflits permanents et souffrance infligée. Lors de la naissance de son petit-fils, dont le poids était faible, la mère a refusé de se rendre à l’hôpital, justifiant son absence par une multitude de récits fabriqués. À l’appel de sa belle-mère, elle est finalement arrivée accompagnée de son mari. Face aux pleurs de sa fille, terrifiée pour le nourrisson, elle a affiché un sourire narquois et une lueur de jubilation dans le regard — conformément à l’observation de la docteure Foulkes : elle trouvait du plaisir dans la cruauté, non dans la bienveillance.
Cette capacité à dissimuler un vide moral constitue un élément central du fonctionnement psychopathique. Pourquoi, si la conscience peut guider vers le bien — comme le prouvait la mère dans ses conseils — choisir délibérément le mal ? Et pourquoi masquer ce défaut, si celui-ci est assumé ? Le professeur Neumann répond : « Parce qu’ils reconnaissent eux-mêmes les transgressions morales, et savent que les autres les reconnaissent aussi, leur absence de culpabilité doit être dissimulée, sous peine d’être exclus des groupes sociaux comme des parias incapables de susciter confiance. »
La sœur de la narratrice a multiplié les identités fictives : changement de nom marital, altération des initiales et des lettres, modification de sa date de naissance pour paraître plus jeune, et même substitution de son numéro de sécurité sociale. Ses récits inventés variaient selon ses cibles, toujours dans un but destructeur et avec une énergie inlassable. Dès l’école primaire, l’enseignement religieux définissait la conscience comme un repère orientant vers le bien et maintenant sur la voie droite — tout en précisant que la raison peut intervenir, déformer et corrompre ce guide. Comme le note le professeur Hare dans son ouvrage *Sans conscience* : « Contrairement aux personnes psychotiques, les psychopathes sont rationnelles et pleinement conscientes de leurs actes et de leurs motivations. Leur comportement résulte d’un choix, librement exercé. »



