Économie
Des entreprises chinoises ont signé un accord de 900 millions de dollars avec l’Angola pour développer un nouveau port à Barra do Dande, renforçant leur empreinte infrastructurelle face à la stratégie américaine centrée sur le corridor de Lobito.

La Chine consolide son influence économique en Afrique avec la signature d’un accord de 900 millions de dollars pour la construction d’un nouveau port à Barra do Dande, au nord de Luanda. Ce projet vise à renforcer sa présence dans un pays clé pour l’approvisionnement mondial en métaux critiques, malgré l’essor des investissements américains dans le corridor ferroviaire de Lobito.
La société Huatong Angola, filiale du groupe chinois Huatong, a conclu l’accord avec la société gouvernementale Barra do Dande Development Society. Le financement couvre à parts égales le développement du terminal portuaire et les infrastructures connexes. L’exploitation du port sera confiée à l’opérateur retenu pour une durée de 25 ans.
Le site doit accueillir un pôle industriel et logistique dédié à l’exportation, intégré à la zone franche de Barra do Dande. La première phase devrait être achevée dans les deux prochaines années, tandis que la livraison complète est prévue pour 2030. Une fois opérationnel, le port pourra recevoir des navires d’une capacité maximale de 80 000 tonnes. Il générera environ 21 000 emplois et devrait produire des recettes annuelles estimées à 10 milliards de dollars.
Parallèlement, les États-Unis concentrent leurs efforts sur le corridor de Lobito, une ligne ferroviaire reliant le port angolais aux République démocratique du Congo et à la Zambie. Ce projet vise à faciliter l’acheminement du cuivre, du cobalt et d’autres métaux essentiels vers les marchés internationaux. La US International Development Finance Corporation y a déjà injecté 553 millions de dollars, considérant ce corridor comme une voie stratégique pour sécuriser les matériaux utilisés dans les batteries et les véhicules électriques.
L’ancien président américain Joe Biden avait placé ce projet au cœur de sa visite historique en Angola en décembre 2024. L’administration Trump a poursuivi ce soutien, intégrant le corridor dans sa stratégie globale de sécurisation des chaînes d’approvisionnement en métaux critiques.
Des analystes soulignent que la Chine conserve une avance décisive dans le secteur des infrastructures africaines, grâce à sa capacité à réaliser des projets de grande ampleur rapidement et à moindre coût par rapport aux entreprises occidentales. Eric Olander, chercheur au projet « Chine et Sud global », note que les États-Unis ne disposent pas d’entreprises de construction capables de rivaliser avec les sociétés chinoises sur le plan des coûts ou des délais. Selon lui, la politique américaine en Afrique privilégie la sécurité et l’accès aux matières premières plutôt que l’investissement direct dans les infrastructures.
Ce projet n’est pas le premier engagement chinois dans le secteur portuaire angolais. En 2022, deux entreprises chinoises d’État ont obtenu la concession de gestion des terminaux à conteneurs et des quais généraux du port de Lobito pour une période de 20 ans. En janvier dernier, la China Energy Engineering Corporation a achevé la modernisation du port de Cabinda, afin de permettre l’accueil de navires porte-conteneurs et de gros tonnages commerciaux.
Ces réalisations s’inscrivent dans une stratégie plus large de Pékin visant à déployer un réseau de ports et de centres logistiques le long des côtes africaines, afin de renforcer ses propres chaînes d’approvisionnement et ses échanges commerciaux.
L’Angola est devenue un terrain central de la compétition entre les deux puissances, en raison de sa position géographique stratégique et de sa proximité avec les importantes réserves de cuivre et de cobalt situées en République démocratique du Congo et en Zambie.
Alex Vines, directeur du programme Afrique au Conseil européen des relations extérieures, observe que l’importance de l’Angola a crû sous l’administration Trump, qui a recentré la politique américaine sur la sécurisation des ressources stratégiques, au détriment des objectifs climatiques précédemment prioritaires.
Bien que Washington intensifie ses démarches auprès de Luanda, la Chine bénéficie d’un tissu de relations économiques et politiques bien plus ancien et profond avec l’Angola, remontant à plusieurs décennies. Pékin a financé de grands projets d’infrastructure contre des livraisons de pétrole, puis étendu progressivement sa coopération au secteur minier, à l’agriculture et à l’industrie manufacturière.
Lors de la visite du président angolais João Lourenço en Chine en 2024, les deux parties ont convenu d’élever leurs liens au rang de « partenariat de coopération stratégique intégral », l’un des niveaux les plus élevés de la diplomatie chinoise.
Les experts estiment que la capacité continue de la Chine à remporter des appels d’offres majeurs dans le domaine des infrastructures reflète sa réussite à ancrer durablement son influence économique en Afrique. Dans ce contexte, la priorité américaine donnée à la sécurisation des ressources stratégiques confère à la Chine un avantage structurel dans la course à l’influence sur le continent.
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