Daily Beirut

Monde

Des cellules endormies

Une étude révèle une stratégie iranienne alternative pour contourner la dissolution des milices irakiennes, tout en maintenant son influence sur le terrain. L'Iran renforce ses réseaux clandestins pour préserver son contrôle opérationnel.

··4 min de lecture
Des cellules endormies
Partager

Une étude d'information a révélé un plan iranien alternatif pour s'adapter au contexte politique imposé par le gouvernement du Premier ministre irakien Ali al-Adhimi, qui exige la collecte et le retrait des armes des factions et milices alliées à Téhéran.

Elle indique que, alors que l'attention se concentre sur Bagdad à l'approche de l'échéance officielle fixée par le gouvernement al-Adhimi, prévue pour le 30 septembre prochain, pour la collecte des armes des milices pro-iraniennes, tout en mettant fin aux missions des forces de l'alliance internationale en Irak, l'Iran maintient toujours ses outils militaires sur le sol irakien.

Les rapports ajoutent que l'Iran est actuellement en cours d'adaptation stratégique au contexte irakien, en proposant des alternatives militaires lui permettant de conserver son contrôle sur les factions armées et de garantir son influence en Irak.

Cellules cachées

Une étude stratégique publiée par le centre « Almà » pour les recherches et études sécuritaires en Israël affirme que Téhéran a commencé à mettre en œuvre un changement stratégique dans la gestion de son influence à l'intérieur de l'Irak.

Appuyée sur des sources politiques et militaires du Moyen-Orient, elle précise qu'à l'inverse de la flexibilité affichée par certaines factions irakiennes lorsqu'elles remettent une partie de leur arsenal ou envisagent de fusionner avec les institutions gouvernementales, la force de la Garde révolutionnaire iranienne « Qods » s'emploie à créer des réseaux secrets et regroupés de petites cellules (composées de 5 à 10 éléments chacune), fonctionnant sous des noms et des apparences civiles, et indépendamment des commandements traditionnels des milices.

Selon l'étude, cette nouvelle structure permet à Téhéran de préserver sa capacité opérationnelle en matière de missiles et de drones pilotés directement, tout en pouvant sacrifier les structures armées importantes et visibles afin d'éviter les pressions politiques et les sanctions internationales.

L'étude a repéré parmi les propositions discutées dans les coulisses de la visite du président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf à Bagdad et de ses rencontres avec certaines figures des factions, la possibilité de transférer temporairement et de stocker les armes lourdes à l'intérieur du territoire iranien ou de les dissimuler, afin d'empêcher toute saisie par les autorités irakiennes.

Division des factions

Dans son analyse du paysage des milices irakiennes, l'étude montre qu'il se divise en deux grands courants : l'un composé des factions prêtes à intégrer, dont certaines forces comme « Saraya al-Salam » et « Al-Abnaa al-Haq » ont manifesté une volonté initiale de remettre une partie de leurs armes et/ou de s'engager dans les institutions officielles afin de sécuriser leurs acquis politiques.

L'autre courant représente les factions opposantes et extrémistes, dirigées notamment par des groupes comme « Kata’ib Hezbollah » et « Harakat al-Jabaliya », qui refusent catégoriquement de remettre leurs armes et posent des conditions inacceptables dépassant même le retrait des forces américaines, telles que la fin de la présence turque, la dissolution des forces peshmerga kurdes et l'éloignement des entreprises américaines.

L'étude conclut que face à cette division, le gouvernement al-Adhimi a commencé à modifier son discours, passant de « ramasser les armes » à « organiser les armes », tout en accordant une marge temporelle pour éviter un conflit direct entre chiites.

Adaptation iranienne

En passant au contexte libanais, l'étude souligne que l'adaptation iranienne au contexte irakien n'est pas réalisable dans le paysage libanais, où Téhéran considère le Hezbollah comme une partie intégrante d'une structure opérationnelle militaire avancée, dont il ne peut se passer ni envisager des visions stratégiques régionales sans elle.

Dans son analyse des différences entre les réalités irakienne et libanaise, l'étude estime qu'il existe une différence évidente au niveau de la structure organisationnelle des milices : alors que les factions irakiennes sont marquées par la « diversité » et la « pluralité », offrant ainsi à l'État central des marges de manœuvre, le Hezbollah au Liban constitue une entité fortement centralisée et institutionnalisée, mêlant armes, action politique et sociale.

Elle ajoute également que l'importance stratégique pour l'Iran joue un rôle clé : les factions irakiennes représentent pour Téhéran un réseau de pouvoir souple et politique, tandis que le Hezbollah au Liban est la tête de pont combattante et la première ligne d'affrontement direct contre Israël, et abandonner ce groupe signifierait perdre l'un de ses principaux atouts régionaux.

L'étude estime que les tentatives de contrôle des armes en Irak constituent une étape importante sur le plan politique, mais que leur succès réel ne sera pas mesuré par le nombre de pièces d'armes remises formellement, mais par la capacité de l'État à désactiver les réseaux de commandement secrets et empêcher Téhéran de gérer des dispositifs parallèles. Quant à l'application de cette expérience au Liban, elle reste un pari irréaliste vu l'attachement de l'Iran au Hezbollah comme principal levier stratégique.

Ajoutez Daily Beirut à votre fil Google News pour recevoir l'info en priorité.
Partager