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L’Irlande révise sa stratégie de défense après une recrudescence des activités navales russes près de ses côtes, notamment celles du navire-espion « Yantar », tandis que 75 % des câbles internet transatlantiques passent dans sa zone économique exclusive.

L’Irlande entame une refonte sans précédent de sa politique de défense, poussée par l’intensification des opérations navales russes à proximité de ses eaux. Des experts et responsables estiment désormais que son statut de neutralité militaire, maintenu depuis des décennies, ne suffit plus à garantir la sécurité de ses intérêts stratégiques, notamment face aux menaces hybrides et aux risques pesant sur les infrastructures sous-marines.
Le navire russe de renseignement « Yantar » a été plusieurs fois repéré dans les eaux irlandaises. Selon des sources citées par le Guardian, il dispose de capacités permettant le déploiement d’équipements de surveillance ou l’interférence avec les câbles de télécommunications sous-marins. En 2024, sa présence a été détectée au-dessus d’un gazoduc reliant l’Irlande au Royaume-Uni — un geste interprété par des responsables comme un avertissement ciblé sur la vulnérabilité de ces infrastructures vitales.
Dans les semaines récentes, les autorités irlandaises ont noté une hausse du passage de navires appartenant à ce qu’on désigne communément comme l’« aile fantôme » de la marine russe en Atlantique Nord, après le renforcement des contrôles dans les eaux britanniques et françaises. Cette dynamique revêt une importance particulière : environ 75 % des câbles internet transatlantiques traversent la zone économique exclusive irlandaise ou en sont très proches, ainsi que de nombreux gazoducs et axes maritimes majeurs. Toute perturbation dans cette zone aurait donc des répercussions directes sur l’économie européenne et mondiale.
Avec l’assumption de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, le gouvernement irlandais a placé la sécurité maritime au cœur de ses priorités. Il affirme que la protection des infrastructures critiques et le renforcement de la sécurité collective européenne constituent désormais des éléments centraux de son programme.
En février dernier, Dublin a lancé la première stratégie maritime nationale de l’histoire du pays. Elle vise à corriger ce que les autorités qualifient de « cécité maritime », c’est-à-dire une attention historique excessive portée à la défense terrestre au détriment du domaine naval. L’objectif est d’accroître la capacité de surveillance et de protection des eaux territoriales ainsi que des installations sous-marines essentielles.
La ministre des Affaires étrangères, Helen McEntee, a souligné que l’Irlande n’est plus à l’abri des menaces contemporaines. Selon elle, la nouvelle stratégie cherche à doter l’État de moyens accrus pour sécuriser son espace maritime. Toutefois, des officiers et spécialistes militaires jugent le chemin encore long. L’ancien officier de marine Caomhín Mac Anfraigh a relevé que le pays dépend encore fortement de l’appui de ses « amis et voisins », appelant à doter la marine irlandaise de navires modernes, de systèmes radar et sonar avancés, ainsi qu’à étendre ses bases navales et ses effectifs.
En 2025, le gouvernement a reconnu que seulement deux des huit navires de la marine étaient opérationnels, faute de personnel suffisant. Par ailleurs, la guerre en Ukraine a mis en lumière les limites des capacités défensives irlandaises : Kiev a refusé une offre d’envoi de 27 véhicules blindés légers, estimant trop élevés les coûts de leur remise en état.
Le budget alloué aux dépenses défensives en capital entre 2026 et 2030 s’élève à 1,7 milliard d’euros, soit une augmentation de 55 % par rapport à la période précédente. Parallèlement, les forces navales ont enregistré une hausse de 12 % du nombre de nouveaux recrutés en 2025.
Pour autant, l’Irlande reste l’État membre de l’UE consacrant le moins de ressources à sa défense. Son effort militaire s’est élevé à 0,2 % de son PIB en 2024, contre une moyenne européenne de 1,3 %. Ce déséquilibre a suscité des critiques répétées de responsables européens, qui mettent en garde contre le risque de voir le pays devenir « l’anneau le plus faible » d’un dispositif de sécurité collective dont il contrôle pourtant une part essentielle des infrastructures numériques et énergétiques continentales.
Des analystes insistent sur le fait que le défi dépasse les seules capacités matérielles. Il touche aussi le paysage politique intérieur : les dépenses de défense ne bénéficient pas d’un soutien populaire prioritaire, confrontées à des préoccupations immédiates comme le logement, le coût de la vie ou les migrations. Le principe de neutralité militaire conserve, quant à lui, un large assentiment au sein de la société irlandaise.
Ce maintien d’une posture traditionnelle pourrait creuser une faille sécuritaire dans une région dont l’importance stratégique ne cesse de croître — particulièrement face à l’escalade des menaces hybrides, à la prolifération des tentatives de sabotage contre les câbles sous-marins et les réseaux énergétiques, des actifs fondamentaux pour les échanges commerciaux, les communications et l’approvisionnement énergétique des économies européennes.
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