Liban
Rā‘ī : La protection du Liban commence par concentrer les armes entre les mains de l'État... Le Sud n'est pas une carte de négociation
Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a souligné lors d'une messe à Ilayya que la protection du Liban passe par la centralisation des armes entre les mains de l'État et que le Sud n'est pas une zone de négociation. Il a appelé à construire un État fort, souverain et uni.

Le patriarche cardinal Mar Béchara Pierre Rā‘ī a célébré la messe divine à Notre-Dame d’Ilayya, en mémoire annuelle des martyrs de la résistance libanaise, dans une occasion portant ce thème « Heureux les artisans de paix », rappelant ainsi ceux qui ont donné leur vie pour défendre leurs convictions en matière de liberté, de dignité et d’existence nationale.
Le patriarche Rā‘ī avait quitté Bkerké accompagné par l’archiprêtre général, Mgr Elias Nṣṣar, le secrétaire général de la patriarcat maronite, père Fadi Tabbet, et le secrétaire particulier, le chanoine Camillo Mkhayel. À son arrivée à Ilayya, il a été accueilli par plusieurs personnalités spirituelles, politiques et sociales ainsi qu’un grand nombre de fidèles.
Il a été secondé dans la messe par l’archiprêtre général, Mgr Elias Nṣṣar, le recteur de l’évêché maronite de Jbeil, Mgr Michel Aoun, le recteur de l’évêché maronite de Batroun, Mgr Minir Khairallah, le supérieur du monastère de Notre-Dame de Mifouq, père Najib Abi Sulum, ainsi que plusieurs prêtres et moines.
Un grand nombre de personnalités et de groupes spirituels, politiques et sociaux ont participé à la célébration, notamment l’ancien député Ghith Yezbek, l’ancien député Samer Saadah, le grand imam Ali al-Amin, ainsi qu’une foule de politiciens et d’hommes d’État, aux côtés d’un vaste rassemblement de fidèles.
Aoun : La présence du patriarche à Ilayya semé l’espoir et la paix
Dans son discours d’accueil au début de la messe, Mgr Michel Aoun a salué Son Éminence, évoquant son passé comme responsable de l’évêché de Jbeil, et considérant que sa venue annuelle à Ilayya suscite l’espoir et renforce l’attachement des habitants de la région à leur terre et au Liban, terre de la mission. Il s’est arrêté sur le thème de l’occasion « Heureux les artisans de paix », s’inspirant de l’appel du pape François aux Libanais pour vivre la paix, et affirmant que bien que la paix soit un don de Dieu, elle reste un projet exigeant la réconciliation avec Dieu et le respect de la dignité humaine, individuellement et collectivement. Il s’est adressé au patriarche Rā‘ī en soulignant qu’il proclame la paix et œuvre pour elle, et que sa venue dans l’évêché porte un message de paix et d’espoir au Liban et à ses enfants.
Rā‘ī : Celui qui veut être grand doit être serviteur
Après la lecture de l’Évangile, le patriarche Rā‘ī a prononcé une homélie partant du mot du Christ : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Mc 10,45), faisant de la service le point d’entrée pour comprendre le sens de la témoignage, du pouvoir et de la responsabilité publique.
Il s’est arrêté sur le passage où Jacques et Jean demandent à Jésus de les placer à sa droite et à sa gauche dans la gloire. Il a noté que Jésus a ramené ses disciples de la logique du statut à celle de la mission, du désir de prééminence au sens du service, de la volonté de pouvoir à la disposition à se sacrifier.
Le patriarche a insisté sur le fait que le Christ n’abolit pas la direction, mais la purifie de toute tyrannie ; il n’abolit pas la responsabilité, mais lui donne son sens véritable. Le grand, selon la logique évangélique, n’est pas celui qui détient le plus de pouvoir, mais celui qui peut servir davantage ; la valeur du responsable ne se mesure pas à sa position, mais à ce qu’il apporte aux personnes dont il est chargé.
Il a lié ce sens à la croix, estimant que la croix n’est pas seulement un symbole élevé par l’Église, mais l’expression ultime de l’amour du Christ qui s’est offert jusqu’à la fin. C’est à partir de ce sacrifice qu’il a compris le sens du témoignage que réinvente Ilayya à cette occasion.
« Ils ont donné d’eux-mêmes, et l’histoire a écrit leurs noms »
Passant de l’Évangile à la mémoire des martyrs de la résistance libanaise, le patriarche a affirmé que se souvenir d’eux ne signifie pas s’arrêter à leur mort, mais regarder le sens qu’ils ont donné à leur vie en la transformant en don pour une cause plus grande qu’eux-mêmes.
Il a dit : « Ils n’ont pas demandé une place dans l’histoire ; ils ont donné d’eux-mêmes, et l’histoire a écrit leurs noms », estimant qu’ils n’ont pas mesuré le pays selon ce qu’il pouvait leur donner, mais selon ce qu’ils étaient prêts à lui donner.
Il a insisté sur le fait que l’obligation envers les martyrs ne consiste pas simplement à lever leurs photos ou à rappeler leurs noms et les faits du passé, mais à œuvrer à construire le Liban pour lequel ils ont donné leur vie : un Liban de liberté, de dignité et de souveraineté, et un État capable de protéger son territoire et ses citoyens.
Il a également évoqué les familles des martyrs et les « martyrs vivants » qui portent encore en eux les blessures de la guerre, estimant que la mémoire ne doit pas se transformer en tristesse permanente ni en combustible pour un nouveau conflit, mais en une responsabilité envers l’avenir.
« Heureux les artisans de paix » : La paix n’est pas une soumission
Le patriarche Rā‘ī s’est arrêté sur le thème de l’occasion « Heureux les artisans de paix », proposant une lecture de la paix tirée de l’Évangile et touchant directement la réalité du Liban.
Il a affirmé que la paix ne signifie pas oublier les sacrifices, nier la mémoire ou renoncer à ses droits, ni se soumettre à la réalité telle quelle, mais nécessite du courage, de la volonté, de la justice et de la persévérance dans la vérité, afin que la paix soit celle des forts dans la vérité, non celle des faibles incapables de la défendre.
Il a insisté sur le fait que la paix chrétienne ne repose pas sur l’effacement de la vérité pour une paix superficielle, mais sur la mise de la vérité comme chemin vers la justice et la réconciliation. D’où son affirmation que le Liban a besoin d’une paix qui sauvegarde la souveraineté, protège l’humain et la terre, et redonne à l’État son rôle et sa référence universelle.
Le pouvoir est service, pas privilège
À partir de la parole du Christ « Il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir », le patriarche a transféré le concept de service au cœur de la vie nationale, estimant que ce principe évangélique constitue aussi une norme pour la responsabilité publique.
Le poste, selon le contenu de son homélie, perd tout sens s’il devient un privilège personnel, le pouvoir devient tyrannie quand il se sépare du service, et la politique perd sa finalité quand elle se transforme en lutte pour les postes et les parts au lieu d’être au service du peuple.
Il a donc appelé à restaurer la notion d’État comme service : service du citoyen dans l’administration, justice dans le système judiciaire, vérité et intérêt national dans la politique, protection du bien commun dans l’économie, et mise du Liban au-dessus de tout allégeance ou intérêt particulier.
La protection du Liban commence par concentrer les armes entre les mains de l’État
Dans l’un des points les plus marquants de son homélie, le patriarche Rā‘ī a affirmé que la protection du Liban commence par concentrer les armes entre les mains de l’État, et s’achève avec un État unique, une armée forte et une souveraineté pleine, ainsi qu’une décision nationale unique.
Il a placé la question des armes au cœur de la conception de l’État, estimant que la décision de la guerre et de la paix doit relever de institutions légitimes, et qu’un pays unique ne peut survivre longtemps avec des décisions parallèles ou des références multiples dans les questions souveraines.
Il a relié la légitimité à la responsabilité, estimant que l’État qui assume la responsabilité de protéger les Libanais et leur territoire doit être celui qui prend les décisions, et qu’il est impossible de lui demander de répondre de ses responsabilités si sa décision souveraine est fragmentée ou affaiblie.
D’où son appel à un État qui retrouve pleinement sa présence, son autorité et la confiance de ses enfants, dont l’armée est chargée de protéger le territoire et les frontières, dont les institutions légitimes sont la référence dans les décisions fondamentales, et dont tous les Libanais se sentent sous le même toit de loi et de protection.
Le Sud n’est pas une carte de négociation
Le patriarche Rā‘ī a accordé une place centrale à la région du Sud dans son discours, affirmant que « le Sud n’est pas une carte de négociation », mais un territoire libanais dont les habitants sont des citoyens ayant droit à la sécurité, à la vie, à la stabilité et au retour dans leurs villages et leurs terres.
Il a insisté sur le fait que la protection du Sud et de ses habitants est une responsabilité nationale, et que ce qui touche le Sud touche tout le Liban, appelant à mettre fin aux agressions, à préserver le territoire et les droits, et à rétablir la stabilité de manière durable permettant aux habitants de vivre dans leurs villages en sécurité et en dignité.
En matière de parcours politique et diplomatique, le patriarche a soutenu tout dialogue sérieux qui protège le Liban, l’éloigne de la guerre, réalise le retrait, préserve les droits, la souveraineté, la sécurité et la stabilité, de sorte que la diplomatie serve à protéger le Liban et consolider ses droits, sans y renoncer.
Il a également affirmé dans ce contexte que le Liban ne fuit pas son environnement ni ne renonce à ses causes justes, mais accomplit sa mission à travers le dialogue et la défense des droits des peuples, sans devenir lui-même une scène de conflits qui le dépassent.
Des hommes d’État mettent le pays au-dessus de leurs positions
Le patriarche a élargi le champ de la responsabilité à l’ensemble de la vie nationale, appelant à des hommes d’État en politique qui mettent le pays au-dessus de leurs positions, à une société qui rejette la langue de l’incitation, et à un média responsable qui ne transforme pas la différence en haine.
Il a également appelé à éduquer les nouvelles générations loin des rancunes du passé, car le devoir envers les martyrs ne consiste pas à produire de nouvelles guerres, mais à construire un État qui fasse des sacrifices de ces derniers la base d’un avenir plus sûr et plus paisible.
Juste traitement des professeurs contractuels
Le patriarche Rā‘ī a abordé le dossier des professeurs contractuels de l’Université libanaise, estimant que les pratiques accumulées au fil des années ont entraîné un déséquilibre national, et appelant les concernés à revoir ce dossier dans les meilleurs délais et à le régler de façon équitable pour les professeurs méritants, tout en préservant les critères académiques et en tenant compte de la coopération et de l’équilibre nationaux.
D’Ilayya : L’obligation envers les martyrs se traduit par la construction de l’État
Ainsi, le patriarche Rā‘ī a bâti son homélie autour d’un fil conducteur qui part de l’Évangile pour aboutir à l’État : le service mène au sacrifice, le sacrifice donne un sens au témoignage, le témoignage devient une charge, et cette charge nationale exige la construction de l’État et la fabrication de la paix.
L’expression du Christ « Il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » est devenue un critère de pouvoir et de responsabilité, tandis que la mémoire des martyrs est passée d’une simple évocation du passé à une question sur le Liban qu’il faut construire après toutes ces victimes.
D’Ilayya, le patriarche a dessiné les contours de ce Liban : un État unique, fort et juste, des armes légales sous son autorité, une armée qui protège son territoire, une décision de guerre et de paix entre les mains de ses institutions, un Sud sûr où les habitants peuvent revenir dans leurs villages, et une paix qui ne nie ni le droit ni la mémoire, mais les transforme en fondement de la réconciliation et de la stabilité.
À la fin de la messe, un discours a été prononcé par M. Tedi Abou Ragheili, président de l’association de Notre-Dame d’Ilayya, qui a insisté sur le fait que la mémoire des martyrs doit se transformer en responsabilité envers la construction de l’État, appelant à un État unique, une armée unique et une décision unique en matière de guerre et de paix, et à passer de la mémoire de la guerre et de la division à une culture de paix et de solidarité nationale.





