Culture & société
La solitude peut mener à l’addiction au visionnage intensif de séries
Une étude chinoise révèle que la solitude favorise l’addiction au binge-watching via des mécanismes d’évasion et de compensation émotionnelle.

Une récente étude met en lumière le lien entre l’isolement social et la dépendance aux contenus médiatiques, utilisés comme un substitut émotionnel face à la solitude. Ce phénomène est décrit comme un « soutien affectif » permettant de pallier un vide émotionnel.
Les chercheurs chinois à l’origine de cette étude, publiée dans la revue PLOS One, expliquent que le visionnage excessif de séries peut devenir une forme d’addiction. Ce comportement serait motivé par une volonté d’échapper à la réalité et de remplacer un manque affectif par des sensations intenses.
Le binge-watching devient problématique lorsque la personne perd le contrôle de son temps, néglige ses obligations quotidiennes et continue malgré la conscience des effets négatifs sur sa santé et sa vie sociale.
Les chercheurs Xiaofan Yu et Xin Cui ont avancé l’hypothèse que la solitude, en tant qu’état d’aliénation sociale, incite à une consommation compensatoire des médias, où les séries jouent le rôle d’un « appui émotionnel ».
La recherche a porté sur 551 adultes âgés de 18 à 50 ans, tous spectateurs actifs, définis par plus de 3,5 heures de visionnage hebdomadaire ou au moins quatre épisodes consécutifs en une séance.
Des tests psychologiques évaluant la perte de contrôle, le manque de sommeil et la négligence du travail ont permis de classer les participants en deux groupes : 334 personnes présentant une addiction manifeste aux séries et 217 spectateurs sans problème de visionnage.
Les participants ont également répondu à des questionnaires mesurant la solitude (échelle UCLA) et les motivations de visionnage.
Les résultats indiquent que, chez les spectateurs sans problème, la solitude ne constitue pas un moteur direct du visionnage. En revanche, chez les personnes dépendantes, une corrélation nette apparaît : plus le sentiment de solitude est intense, plus le niveau d’addiction augmente.
Les analyses statistiques montrent que la solitude n’entraîne pas directement l’addiction. Elle agit plutôt via deux mécanismes principaux de régulation émotionnelle : l’évasion (renforcement négatif), qui consiste à fuir le stress et les émotions négatives par l’immersion dans les séries, et l’enrichissement émotionnel (renforcement positif), qui vise à trouver des sensations fortes ou un plaisir de substitution pour compenser le déficit d’interactions sociales.
Lorsque ces deux facteurs sont pris en compte, la relation directe entre solitude et addiction disparaît, ce qui suggère que l’impact de la solitude s’exerce à travers les comportements d’évasion et de recherche de stimulation émotionnelle, et non par la solitude elle-même.
Les auteurs concluent que traiter la solitude par des moyens appropriés, tels que la thérapie ou le renforcement des liens sociaux, pourrait diminuer le risque que le visionnage de séries devienne addictif. Le problème réside alors dans les stratégies d’évasion plutôt que dans le sentiment de solitude en tant que tel.
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