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La Russie arme ses forces au Mali via le port de Conakry en Guinée
Le port de Conakry en Guinée est devenu un point logistique clé pour le transit d’armes russes destinées au Mali, illustrant l’expansion militaire russe au Sahel.

Le port de Conakry, en Guinée, s’est imposé au cours des deux dernières années comme une plaque tournante majeure pour l’acheminement des armes russes vers le Mali, révèle la revue française "Jeune Afrique". Cette évolution traduit l’accroissement de la présence militaire russe dans la région du Sahel et la réorganisation des voies d’approvisionnement vers les pays membres de l’alliance du Sahel.
Selon ce rapport, cinq navires de charge russes ont transporté depuis janvier 2025 divers équipements militaires à destination du Mali via le territoire guinéen. Les cargaisons comprenaient des chars, des véhicules blindés, de l’artillerie, des drones ainsi que des systèmes de brouillage électronique, en soutien aux forces russes du "corps africain" qui ont repris les missions auparavant assurées par le groupe Wagner.
Le dernier convoi, arrivé en mars 2026 à Conakry à bord du cargo russe "Sapita", contenait plusieurs dizaines de véhicules militaires lourds. Ces matériels ont ensuite été acheminés par voie terrestre vers le Mali, pays dépourvu d’accès maritime et dépendant de corridors régionaux pour ses importations militaires et logistiques.
Le recours de Moscou au port de Conakry s’explique notamment par sa position stratégique sur l’océan Atlantique et par des relations politiques relativement stables entre la Russie et les autorités militaires guinéennes. Cette situation a permis la mise en place d’un corridor logistique à l’abri des pressions rencontrées par la Russie dans d’autres États de la région.
Le rapport souligne également le rôle central de la société russe Rusal, l’un des principaux producteurs mondiaux d’aluminium, dans la gestion des infrastructures portuaires dédiées aux minerais à Conakry. Les filiales de cette entreprise opérant dans les secteurs du bauxite et de l’alumine en Guinée faciliteraient les opérations logistiques liées au transfert des équipements militaires, en s’appuyant sur leurs installations industrielles locales.
Des experts cités dans l’enquête estiment que la stratégie russe en Afrique évolue, les investissements miniers ne servant plus uniquement à l’extraction des ressources naturelles, mais aussi à soutenir la logistique militaire de Moscou sur le continent.
En réponse à ces révélations, Rusal a démenti toute implication dans le transport d’armes vers le Mali, précisant qu’elle ne possède pas le port de Conakry, n’utilise aucun équipement militaire dans ses activités et que ses opérations en Guinée se limitent à l’importation de matériel nécessaire à l’extraction de la bauxite et à la production d’alumine, conformément à la législation locale.
Le rapport indique que les navires russes empruntant cette route ont fait l’objet d’une surveillance constante via des systèmes de suivi maritime et des images satellites. Certains de ces bateaux figurent sur des listes de sanctions occidentales en raison de leur participation au transport de matériel militaire pour la Russie.
Il est précisé que plusieurs navires ont désactivé leurs dispositifs d’identification automatique durant certaines phases de leur traversée afin de réduire leur traçabilité, avant de réapparaître au large des côtes guinéennes en vue d’accoster à Conakry.
L’analyse des images satellites a révélé la présence de véhicules blindés, d’engins de combat et de matériel logistique dans les cargaisons, des équipements que des spécialistes de la sécurité jugent plus adaptés à la protection de bases militaires et d’infrastructures stratégiques qu’à des opérations contre des groupes armés mobiles.
Une fois déchargées, ces fournitures militaires sont convoyées par voie terrestre en direction de l’est à travers la Guinée, jusqu’à la frontière malienne. Sur le territoire malien, les forces nationales et les éléments du "corps africain" assurent leur escorte.
Les transports s’effectuent principalement de nuit, sous haute surveillance, pour limiter les risques de détection et éviter toute attention indésirable. Des unités de sécurité guinéennes accompagnent les convois jusqu’à la frontière.
Le rapport souligne que le président guinéen Mamadi Doumbouya a adopté une politique étrangère visant à équilibrer les relations entre différentes puissances internationales, tout en maintenant une coopération avec Moscou sans pour autant intégrer officiellement l’alliance du Sahel.
Les liens entre la Guinée et la Russie ont pris une importance accrue, notamment en raison de la dépendance de Rusal à la bauxite guinéenne, particulièrement après les restrictions imposées par les sanctions occidentales sur l’accès russe à certaines matières premières et marchés internationaux.
Par ailleurs, Moscou a fourni récemment à la Guinée du matériel militaire léger, des drones de reconnaissance et des équipements défensifs dans le cadre de leur coopération militaire bilatérale.
Le rapport précise que Conakry ne constitue pas le seul maillon de la stratégie russe en Afrique de l’Ouest. La Russie cherche également à renforcer ses liens militaires avec d’autres pays riverains du golfe de Guinée, tels que la Guinée équatoriale et le Togo, afin d’établir un réseau de ports et de centres logistiques pour soutenir ses opérations dans la zone sahélienne.
Cependant, cette stratégie fait face à des obstacles croissants, notamment avec le durcissement des sanctions occidentales, le renforcement de la surveillance des navires liés à la Russie, ainsi que les contraintes imposées par le conflit en Ukraine sur les capacités militaires russes.
Enfin, le rapport note que la fréquence des livraisons d’équipements militaires russes au Mali via Conakry a diminué ces derniers mois, un phénomène attribué par certains analystes à l’augmentation des pressions sur l’industrie de défense russe et à l’épuisement des ressources militaires en raison de la guerre en Ukraine.
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