Daily Beirut
Édition·Indépendant — Beyrouth, Liban

Monde

Un rapport international alerte sur l’essor des réseaux de trafic de drogue en Libye et au Sahel

Un rapport de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale met en garde contre l’expansion des réseaux de cocaïne via le corridor terrestre Mali-Niger-Libye, financant conflits armés et groupes criminels.

··3 min de lecture
Un rapport international alerte sur l’essor des réseaux de trafic de drogue en Libye et au Sahel
Partager

Un rapport international souligne la gravité croissante des réseaux de trafic de stupéfiants en Libye et dans la région du Sahel. Ces réseaux constituent désormais une source majeure de financement des conflits armés, renforcent l’influence des groupes armés et des organisations criminelles transfrontalières, et exigent un renforcement des sanctions à leur encontre.

Ce document, publié par l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale, identifie un axe terrestre clé pour le transport de cocaïne depuis l’Afrique de l’Ouest vers les marchés européens : il traverse le Mali, le Niger et la Libye. Bien que la majorité des cargaisons soient acheminées par voie maritime, ce corridor terrestre conserve une importance stratégique accrue.

Le rapport note une expansion significative du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest depuis 2019. Ce développement s’explique par plusieurs facteurs convergents : une hausse de la production en Amérique latine, une demande accrue en Europe, un durcissement des contrôles sur les itinéraires maritimes directs, ainsi qu’une amélioration des infrastructures logistiques dans la région ouest-africaine. Ces éléments ont incité les trafiquants à intensifier l’usage des routes terrestres traversant le Sahel et la Libye.

Des itinéraires façonnés par le pouvoir local

Les trajets empruntés dépendent étroitement de la configuration du contrôle politique et militaire sur le terrain. Des périodes de stabilité relative permettent le passage de cargaisons importantes, tandis que les poussées de violence ou les recompositions d’alliances obligent à modifier les parcours et à réorganiser les dispositifs de protection — sans toutefois interrompre le flux commercial.

Le rapport insiste sur le rôle central des axes terrestres dans les dynamiques conflictuelles locales. Même s’ils transportent des volumes inférieurs à ceux des voies maritimes, ces itinéraires assurent un financement régulier et fiable à des groupes armés, à des acteurs liés aux institutions étatiques, et à des réseaux criminels dotés d’une grande capacité d’adaptation aux évolutions sécuritaires et politiques.

Contrôle étatique et protection armée

Les entités liées à l’État continuent de dominer les maillons les plus lucratifs du commerce de la cocaïne au Mali, au Niger et en Libye. Le transport de grosses cargaisons repose systématiquement sur une protection politique. Les groupes armés, quant à eux, assurent la sécurité des convois et la surveillance des routes en échange de revenus, sans toutefois exercer un contrôle direct sur l’ensemble de la chaîne commerciale.

Pour y faire face, le rapport recommande un renforcement coordonné de la coopération entre les services de police et de renseignement d’Amérique latine, d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique du Nord et d’Europe. Cela passe notamment par un élargissement des échanges d’informations stratégiques et un rapprochement opérationnel contre les réseaux transfrontaliers, tout en préservant les mécanismes de collaboration régionale malgré les changements politiques intervenus dans la zone sahélienne.

Il appelle également à l’application de sanctions ciblées contre les principaux trafiquants et les entités qui facilitent leurs activités. Ces mesures devraient inclure le gel des avoirs, des restrictions de déplacement, ainsi que la mise sous surveillance ou la sanction des intermédiaires et des financeurs — acteurs essentiels du système de trafic et de blanchiment d’argent — plutôt que de se limiter aux exécutants du transport physique des stupéfiants.

Ajoutez Daily Beirut à votre fil Google News pour recevoir l'info en priorité.
Partager